Jimi Hendrix – La légende du Vodoo Child

Dessins : Bill SIENKIEWICZ – Scénario : Martin I. GREEN

Quand je me suis mis en tête pour la première fois d’écrire sur le Rock et la Bande Dessinée, j’ai d’abord commencé par établir une bibliographie afin de recenser toutes les œuvres de BD traitant du sujet. Après avoir épuisé ma maigre collection de l’époque et trituré les mots clés sur Internet, j’ai grillé touts mes jokers en faisant appel aux amis susceptibles d’éclairer ma lanterne. Lors de ces interrogatoires poussés et souvent arrosés, une référence revenait régulièrement : « Ah et puis, évidemment, il y a le « Jimi Hendrix » de Sienkiewicz… comment ça, tu connais pas ? Sin Kevitz ? bredouillais-je invariablement pour tenter de masquer mon ignardise, si, si bien sûr, tu penses, bon sang, quel idiot, comment ais-je pu… !» Hendrix - Sienkiewicz Finalement, n’en pouvant plus de vivre dans le mensonge et l’hypocrisie, je me suis décidé à faire l’acquisition de l’opus, bien qu’un brin dubitatif en découvrant au premier feuilletage cette débauche d’effets visuels qui ne ressemblait à rien de ce que j’avais déjà lu en Bande Dessinée. Et puis un dimanche soir, histoire de finir le week-end en beauté, je me suis lancé dans l’Oeuvre…
L’apparition de Jimi Hendrix dans le Rock en a radicalement bouleversé tous les canons. Il suffit d’avoir vu l’une de ses prestations scéniques pour comprendre que dans l’histoire des guitaristes de Rock, il y a définitivement lui et les autres. La façon dont cet autodidacte abordait le jeu et le son de guitare, tant sur le plan strictement musical qu’au niveau du jeu de scène était révolutionnaire et reste encore aujourd’hui inégalée.
Or, ce que Green et Sienkiewicz ont magistralement réussi n’est rien moins que de traduire en images l’univers sonore du prodige de Seattle.
Sienkiewicz est un dessinateur virtuose qui a largement contribué à faire évoluer la tradition des Comics avec des récits comme Stray Toasters ou Elektra (avec Frank Miller, l’auteur de Sin City au scénario) où son univers graphique inclassable et parfois déroutant se nourrit de techniques peu usitées dans le neuvième art comme le collage ou la peinture à l’huile.
On ne pouvait rêver meilleur interprète pour retranscrire visuellement la richesse et la complexité de la musique d’Hendrix. C’est sans doute le plus bel hommage que pouvait rendre un dessinateur au génie du plus grand guitariste de l’histoire du Rock, en mettant son art en osmose avec le sujet qu’il illustre. Chaque page est une explosion de couleurs, le trait est précis, le découpage est dense et touffu… comme un solo d’Hendrix. Même si cette richesse et cette originalité pourront décontenancer le lecteur non averti, tout comme la musique du Voodoo Child peut surprendre ceux qui sont persuadés que la guitare de Johnny Hallyday était branchée quand il était sur scène .
Cette biographie n’aurait pu être qu’un superbe exercice de style si les auteurs avaient perdu de vue leur sujet et négligé la réalité historique. Or il suffit de consulter la liste des remerciements pour réaliser l’énorme travail de documentation effectué. Hormis les étapes décisives, le livre est truffé d’anecdotes plus ou moins connues, judicieusement choisies afin de montrer la personnalité complexe d’HeHendrix 5-12ndrix et d’entrapercevoir ce qui pouvait faire de lui l’un des plus grands génies de l’histoire de la musique.
La vie de Jimi Hendrix est ici retracée comme une fable expressionniste qui met en relief la personnalité hors du commun d’un musicien à part, habité par sa vision du monde et la quête d’un absolu musical, nourri des expériences d’une vie et notamment d’une enfance marquée par l’absence de sa mère.
On sait que Hendrix était un génie de la guitare. Un autre intérêt de ce livre est de rappeler au lecteur, sinon de lui faire découvrir, qu’il était aussi un vrai poète, comme en témoignent les textes de ses chansons qui jalonnent la majorité des planches de l’album.
Une biographie qui fait date, tant dans l’hagiographie hendrixienne que dans l’histoire de la BD Rock dont elle constitue l’un des chefs-d’œuvre mais qui mérite aussi une place de choix parmi les œuvres majeures de la Bande Dessinée en général. De nouvelles biographies dessinées de Jimi Hendrix ont été publiées depuis, sans parvenir au niveau de celle-ci.

Sheytan

Dessins et textes : VIRAVONG

Sheytan, c’est un condensé de mythologie et de clichés Rock, injecté dans une intrigue improbable et survitaminée avec comme postulat aussi incontournable que sempiternel, entré en vigueur depuis le dernier sandwich banane-beurre de cacahuète ingurgité par Elvis : Sauver le Rock’n Roll !
Une bande de foireux apprentis rockers comme on se doit de l’être quand on veut monter un groupe en est l’argument de départ mais c’est après que ça se complique : chanteur efféminé nourri à la Star Academy, batteur formé en méthode accélérée avec… un chimpanzé, manager clochard, etc. Le tout inspiré par le fantôme de Frank Zappa, apparaissant à chaque pétard fumé par les membres du groupe. John Bonham, le prodigieux et puissant batteur de Led Zeppelin revient lui aussi de l’au-delà pour exhorter ces quatre losers à reprendre le flambeau du binaire primaire.

S’y ajoute un groupe de féroces métalleux, « Fracture Faciale », aux origines mystérieuses, emmené par Fernand, un chanteur à la brutalité bestiale, et qui donne ses concerts avec le matériel du groupe qu’il vient de virer de la scène.
Viravong évite le piège des références encyclopédiques et mise sur un humour complètement débridé et agrémenté de clins d’œil à l’attention des vrais amateurs de Rock. Pour le coup, l’auteur réconcilie les amateurs de Comics et de BD franco-belge auxquels il emprunte certains codes pour mieux les détourner.
Du pur délire, inénarrable et jouissif. Un récit joué à fond les potards qu’il est conseillé de lire soit avec des protections auditives soit, encore mieux, avec un bon disque de Métal en fond sonore.

Beck

Dessins et textes : Harold SAKUISHI

Un Manga qui parle de Rock, cela peut de prime abord sembler surprenant, voire franchement suspect. Le Japon n’est pas vraiment réputé pour exceller dans ce domaine et peu d’artistes ou de groupes ont acquis un succès commercial au plan mondial, hormis auprès des fins connaisseurs de Rock.
On compte cependant quelques groupes japonais de renommée internationale sur la scène Métal, mais dans un style musical plutôt réservé à des initiés. En outre, les Japonais sont de fervents amateurs de musique occidentale et donc de Rock. Parmi les meilleurs albums de Rock enregistrés en public, beaucoup sont estampillés « Made In Japan ». Sans oublier qu’à l’instar de Marshall pour les amplis et Fender ou Gibson pour les guitares, la marque Boss est la référence absolue des pédales d’effet. Et puisqu’il existe bien des Mangas qui traitent de cuisine ou de jardinage, alors pourquoi pas de Rock.

Beck, d’Harold Sakuishi a été la première série de BD à raconter en détail l’histoire d’un groupe de Rock, depuis ses origines. Classé dans la catégorie des Shonen, Mangas destinés aux garçons adolescents, le succès n’a pas tardé à dépasser largement ce type de public pour s’affirmer tout simplement comme l’un des meilleurs Mangas, tous genres confondus, ainsi qu’une référence incontournable en matière de BD Rock.
L’intrigue gravite autour du personnage de Yukio, un adolescent de 14 ans, en quête de lui-même comme beaucoup de ses congénères à cet âge. Sa vie de collégien s’écoule mollement sans heurts et sans joie. Mais il va suffire d’une fille en maillot de bain pour que toute son existence bascule. Yukio va alors tester les deux méthodes de base pour éveiller l’intérêt d’une fille : d’abord essayer de partager ses goûts.

Or Izumi aime le Rock ; ensuite essayer de se comporter en homme. Malheureusement, Yukio ne connaît rien à la musique occidentale… et ne sait pas non plus se battre.
La rencontre avec Ryûsuke, figure montante de la scène Rock locale a lieu de manière assez atypique, par l’entremise de Beck, le chien de Ryûsuke, une sorte de bull-terrier rafistolé de partout. En passe de se faire molester par des gamins, Yukio lui vient en aide sous les yeux de son maître. Yukio va progressivement passer de la condition de simple fan à celui de musicien à part entière en intégrant Beck (un nom de chien pour un groupe, voilà accessoirement un cliché bien rock’n roll, même si le propos de l’auteur était avant tout de rendre hommage au grand et regretté guitariste anglais).
Yukio va découvrir par la même occasion les déchirements, les querelles, la jalousie et les rancœurs mais aussi et surtout ces moments de grâce que seuls connaissent ceux qui ont joué de la musique en groupe, à quelque niveau que ce soit. Et puis évidemment, le héros découvre les vrais premiers émois amoureux, avec Maho, la sœur de Ryûsuke.
Une fois pris son envol, le groupe connaîtra un succès qui va le mener aux Etats-Unis ainsi qu’en Angleterre. L’intrigue, comme tout bon Manga va ménager le suspense au fil des dissensions au sein du groupe, les disparitions et l’alcoolisme de Ryûsuke et les déconvenues sentimentales de Yukio.
Ce souci du détail se retrouve également dans les visages, les attitudes ou certains noms que Sakuishi utilise pour parsemer son récit de clins d’œil et de références discrètes à des rockers célèbres, souvent américains. Même démarche dans la description des guitares dont Beck passe en revue certains spécimens mythiques comme la Gretsch White Falcon, la Fender Jaguar, la Gibson Les Paul ou encore la Fender Telecaster ainsi que quelques versions japonaises des modèles originaux américains, la lutherie nippone étant l’une des meilleures du monde. La beauté sensuelle de ces belles électriques est parfaitement restituée grâce à un dessin précis et minutieux qui leur rend vraiment justice.

Sakuishi a pris son temps pour mettre en place son intrigue et bien camper la psychologie de ses personnages jusqu’à les rendre complètement familiers au lecteur. On pourrait évidemment lui reprocher un certain manichéisme, déplorer ces successions de rebondissements, pas toujours très crédibles voire un peu lassants à la longue, même si, comme dans tout bon Manga, ils participent à l’effet addictif qui pousse malgré tout le lecteur à connaître la suite, jusqu’au 34è et dernier tome. Il y aurait aussi à redire sur les clichés qui émaillent la romance entre Yukio et Maho. Mais tout ceci ne remet pas en cause la qualité d’une série incontournable pour quiconque s’intéresse à la BD Rock.
Beck a d’ailleurs été le premier d’une longue liste de mangas Rock, tels que Detroit Metal City, Bremen ou Woodstock, qui ne cesse de s’allonger au fil des ans.

The Band

Dessins et textes : MAWIL

Le foisonnement des premières fois, de celles, dérisoires ou fondatrices qui font qu’une jeunesse est un peu moins ordinaire qu’une autre, c’est tout cela que raconte Mawil à travers la chronique d’un groupe emblématique, produit de sa propre expérience (même si The Band n’est pas un récit purement autobiographique), depuis les premières notes jouées, plus ou moins, ensemble.
L’auteur s’attache à retranscrire ces moments qui jalonnent l’aventure d’un groupe débutant, une réalité qu’il a bien connue et qu’il décrit avec une bonne dose d’humour et d’autodérision, bien servi par un graphisme minimaliste mais très expressif.

Les répètes laborieuses et l’épreuve des premiers concerts, les changements de membres dans le groupe, le choix de son nom, complètement fortuit comme il se doit… toutes ces anecdotes qui agrémentent l’histoire d’un groupe amateur et dans lesquelles ceux qui ont connu cette expérience se reconnaîtront sûrement. Le récit de Mawil s’articule autour de ces séances de répétition où le groupe se cherche, apprend à jouer ensemble, met au point ses compos en calant breaks et embryons de solos, s’essaie tant bien que mal à l’écriture des paroles.

Le tout dans une joyeuse improvisation, jusqu’au jour où enfin, il peut déterminer la play-list du premier concert. C’est aussi au gré de ces répètes que se révèlent ceux qui n’arrivent pas à suivre la progression du groupe et qui devront fatalement en être écartés tandis que d’autres arriveront.
The Band présente sur ce point l’intérêt de mettre l’accent sur un paramètre fondamental pour un groupe de Rock : trouver un bon chanteur (une chanteuse en l’occurrence), c’est à dire pas nécessairement un ou une virtuose des cordes vocales mais quelqu’un qui sache chanter avec suffisamment de charisme pour donner aux chansons le relief et l’énergie que requiert cette musique.
L’auteur dépeint la dure réalité de l’apprentissage de la basse, les ampoules aux doigts, la technique musicale très approximative ou encore l’achat pas forcément très éclairé d’un nouvel instrument.

Dès l’introduction du livre, le ton est donné : on y voit le héros en train de s’escrimer sur une des grilles d’accords les plus célèbres, à laquelle des générations de débutants se sont frottés, celle de The House of the Rising Sun, plus connue en France dans la version interprétée par Johnny Halliday, « Les portes du pénitencier ». L’apprenti passe péniblement les trois premiers accords et se réjouit déjà de ce petit succès quand tombe le 4è accord, un accord de fa… en barré. Le barré, cette étape fatidique à laquelle restent bloqués tant d’ex-futurs guitare-héros. Un clin d’œil qu’apprécieront tous ceux qui sont passés par là.
Mawil relate ainsi avec humour et sensibilité une histoire simple et banale qui pourrait être celle de centaines de groupes à la carrière éphémère. Mais point de nostalgie dans cette chronique, si ce n’est celle qu’elle pourrait susciter chez le lecteur.

Lucien


Dessins et textes : Frank MARGERIN

Si l’on devait citer dans la BD franco-belge un personnage capable à lui seul d’incarner le héros Rock par excellence, inutile de chercher longtemps, un prénom s’impose, chez les amateurs de BD comme de Rock : Lucien, le héros créé par Frank Margerin à la fin des années 1970. Pourtant, il était loin d’être le seul en ces âges farouches où quelques journalistes, Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manoeuvre en tête, permettaient enfin au Rock de monter sur les planches de bandes dessinées. Les Closh et Kebra entre autres ont profité de cette mouvance à l’époque bénie de « Métal Hurlant », mais seul Lucien a réussi à durer jusqu’à devenir aujourd’hui un de ces héros incontournables de la BD franco-belge, aux côtés d’illustres pairs tels que Astérix, Spirou ou Gaston Lagaffe.

Lucien fait sa première apparition en 1979 dans le numéro 39 bis de Métal Hurlant spécialement consacré au Rock. Ce premier récit de « Ricky banlieue et ses Riverains » contient déjà tous les ingrédients qui feront le succès de la série. Des personnages aux tronches bien rock’n roll, expressives à souhait. Un rythme de narration fluide, des gags efficaces.

Un sens du détail, dans les décors ou les objets qui enrichit chaque dessin sans pour autant le surcharger et procure un plaisir toujours égal au gré des multiples relectures
Ce souci du détail est l’une des caractéristiques du style de Margerin qui excelle notamment dans les scènes de foule, ce qui n’est pas sans rappeler un des plus grands noms de la caricature et du dessin humoristique en France, Albert Dubout, que Margerin, qui se voyait au départ plutôt destiné à l’illustration, cite volontiers comme une influence. 
Prépubliées dans Métal Hurlant, les aventures de Lucien ont d’abord alterné avec d’autres récits de Frank Margerin, regroupés ensuite en albums édités par les Humanoïdes Associés au début des années 1980. A partir de Radio Lucien, ce dernier prête son nom à la série dont il sera désormais officiellement le personnage central. Une dizaine d’albums signés de Frank Margerin comportant entre autres des aventures de Lucien et sa bande sont ainsi parus aux Humanoïdes Associés avant que la série ne soit reprise aux éditions Fluide Glacial qui ont recréé une collection cette fois uniquement consacrée à Lucien.
Avec le temps, ce dernier a pris un peu d’épaisseur (dans tous les sens du terme), puisque depuis Lucien se met au vert, la version brochée des premiers albums a cédé la place à la traditionnelle version cartonnée, adoptée par la plupart des éditeurs de BD à cette époque.

Au risque de verser dans le passéisme, il faut reconnaître que les albums brochés ont gardé ce côté vintage, bien plus en accord avec l’esprit d’une BD rock’n roll. Lucien n’était au départ qu’un personnage secondaire, au sein du groupe formé avec ses copains « Ricky banlieue et ses Riverains ». Mais progressivement, son charisme tout autant capillaire que comique allait le faire passer au premier plan, à l’insu de son créateur, comme ce dernier le reconnaît lui-même.
En effet, le gars Lucien est l’archétype de l’anti-héros, gaffeur, maladroit, poissard mais irrésistiblement sympathique. Les situations, pour la plupart inspirées d’anecdotes authentiques et mises en valeur par des dialogues réalistes et percutants suscitent l’adhésion immédiate du lecteur.
A travers  Lucien, c’est le côté loser magnifique des rockers qui s’exprime et leur offre une belle revanche. Et peu importe que le rocker, né en pleine explosion Punk et New Wave, soit et reste aujourd’hui un fan inconditionnel des vielles idoles du rock’n roll, Elvis, Gene Vincent… et de leurs avatars franchouillards (Johnny, Eddie et consorts) car sa dimension comique est universelle et unit toutes les chapelles du Rock.

L’interview de Frank Margerin, c’est par ici

Les Closh

Dessins : BEN RADIS – Textes : DODO

Quand on évoque le Rock dans la bande dessinée en France, le nom de Frank Margerin est un de ceux qui revient le plus souvent. Pourtant, les premières œuvres du papa de Lucien ne parlaient pas de Rock. Tandis que Dodo et Ben Radis ont quant à eux débuté immédiatement dans cette voie, dès le premier album des Closh.
L’allusion à The Clash, au sommet de leur art en 1980 quand leurs presque homonymes frenchies débutent dans Métal Hurlant, est évidente. Pourtant Les Closh ne font pas du Punk mais pratiquent le « Skouille », une variante du Ska, un autre genre musical, parent du reggae, très en vogue à l’époque, grâce à des groupes comme Madness ou The Specials.

Créé par Ben Radis au dessin et Dodo (une fille, ce qui est très rare à l’époque) au scénario, les premiers récits traitent exclusivement des aventures d’un groupe de Rock, formé en deux coups de cuillère à pot dans un troquet et complété par une chanteuse sexy à souhait, recrutée par petite annonce.
Le ton est donné d’entrée de jeu. Comique, parodique, foutraque et résolument Rock. La couverture de Paris skouille-t-il ? rend un hommage appuyé à la pochette de l’album « Wild Planet » des B-52’s, ce qui est déjà en soi un bon signe. Surtout, Les Closh ne sont pas qu’un groupe de fiction », ils ont réellement existé. Composé, outre les auteurs de la BD, de Vincent « Turquoiz » Chavagnac , Philippe Poirier, Didier de Seigle et Eric Faivre, ils commettent deux chansons, « Allo Mario » et « Balance ton slip », jouées sur les planches de Paris skouille-t-il ?, avec les paroles retranscrites en bas des pages et gravées sur un 45 tours souple, offert avec la première édition de l’album.
Avec un dessin dans le style Journal de Mickey, délicieusement décalé pour une BD adulte, Les Closh vont bousculer pas mal de tabous : Ca pulse, ça déconne, ça baise (accessoirement, le guitariste est homo), ça se bastonne en concert… bref, c’est totalement rock’n roll et ça reflète bien l’atmosphère musicale du début des Eighties avec l’apogée du Punk et l’explosion de la New-Wave (le récit « Panique au Rainbow » notamment en donne un excellent aperçu).

Hormis le graphisme animalier qui va se bonifier au fil des récits, la patte comique est déjà là, servie par une narration dynamique et des dialogues accrocheurs qui seront la marque de fabrique des Closh.
Avec le temps, la thématique purement Rock va cependant s’estomper et l’on verra de moins en moins les Closh en train de jouer, jusqu’à l’arrêt de la série en 2003. Mais peu importe, Dodo et Ben Radis auront largement contribué à faire de Métal Hurlant LE magazine de BD Rock en France. C’est d’ailleurs ce titre (« La BD Rock ») qu’ils donneront, dans l’album Rock around the Closh, à leur parodie, hommage à Goscinny et Uderzo, de la scène du bal, extraite de l’album Astérix et les Normands.

MO/CDM – Interview

Mo/Cdm a commis plusieurs récits autour du Rock avec ses complices Gaël ou Julien Solé. Leur point commun : un humour décalé, potache mais qui derrière le gag, révèle une bonne connaissance et une fine observation des clichés et des aspects souvent caricaturaux du Rock. Mo/Cdm est musicien (batteur) et forcément ça ne peut pas nuire pour se moquer gentiment de sa passion.

Les Blattes, c’est un peu une synthèse de toutes les galères rencontrées par les groupes de rock débutant. Il y a un côté autobiographique ?
Oui et non. Oui, parce que comme beaucoup de dessinateurs, j’ai joué et je joue dans un groupe afin d’échapper quelques temps à la solitude de la planche à dessin. Non, parce que rien de ce qui est arrivé au long des trois albums ne m’est arrivé.

Quels points communs vois-tu entre Rock et BD ?
Deux modes d’expression très populaires et ouvert à tous qui ont connu en un demi-siècle une incroyable évolution. Avant il y avait « un » rock et « une » BD. Aujourd’hui les genres, sous genres, sous catégories, déclinaisons, nouvelle vague, ancienne garde et autres familles sont incalculables !!!

Pourquoi avoir choisi des « Métalleux » comme protagonistes ?
Ils sont souvent des vrais gentils habillés en vrais méchants. Ça nous a plu.

Hormis Les Blattes, tu as créé avec ton complice Gaël, La légende du Disque de Bob Marley, un récit très original et pour le moins allusif sur le Reggae. C’était quoi le concept ?
L’éditeur voulait un bouquin sur Johnny Hallyday. Ni Gaël ni moi-même n’avions envie de parler de Johnny qui, je dois le dire, sans aucune méchanceté, nous laisse parfaitement froid.
Nous avons donc proposé Bob. L’éditeur a dit oui sans nous préciser qu’il voulait une sorte de bio en BD. Trop tard !!!! on était déjà barrés bien loin dans l’espace intersidéral du grand n’importe quoi !!!!!!!!

Le rock est souvent traité de manière caricaturale ou parodique dans la BD, que ce soit dans les scénarios ou dans le graphisme, c’est un bon filon pour un auteur de BD humoristique ?
Je suis persuadé qu’il n’existe aucun mauvais sujet et aucun thème qui ne puisse être traité de telle ou telle manière. Ce qui n’existe pas n’a rien d’impossible, c’est juste que ça n’a pas encore été fait.

Existe-t-il, selon toi un graphisme ou un style de dessin « rock » ?
Non, je ne crois pas. Evidemment, on pense plus à Crumb ou Druillet quand on dit Rock mais je suis persuadé que Hergé aurait pu faire une superbe pochette pour les Ramones.

Si tu pouvais te réincarner en rocker, illustre ou inconnu, qui choisiriez-vous ?
Didier Wampas.

La bande-son des Blattes, ce serait quoi ?
Les Clash qui jouent « The Final Countdown » de Europe !!!!

Les Blattes parviendront-ils un jour à donner un concert, voire à sortir un disque ?
Ça m’étonnerait beaucoup !!!

Les Blattes


Dessins : GAËL – Textes : MO/CDM


Évidemment, avec un groupe affublé d’un tel patronyme, on ne peut s’empêcher de penser à une autre célèbre bande d’invertébrés, originaires de Liverpool. L’allusion est savoureuse d’autant que si les Scarabées étaient brillants et géniaux, leurs quasi-homonymes sont eux obscurs et laborieux. Les uns se sont envolés vers les cimes de la notoriété tandis que les autres rampent dans les bas-fonds de l’anonymat.

Ce n’est pas tant leur talent ni leur musique qui est en cause. On ne peut d’ailleurs rien en dire car jamais on ne voit les Blattes jouer la moindre note de musique. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer mais à chaque fois, un imprévu (souvent sous forme d’un ou plusieurs individus imperméables à l’art) leur coupe le sifflet avant même le premier accord. Vu leur allure, cheveux longs, jeans et débardeurs noirs, nous avons affaire à des métalleux.

Ils le confirment d’ailleurs eux-mêmes dans l’une de leurs premières aventures, en répondant à l’interrogation de l’un des rastas qui viennent de les tabasser pour les empêcher de donner leur premier concert. Ce premier concert, c’est leur Graal, inaccessible, pour lequel ils se donnent à fond et surtout dans le désordre.

Composés d’un bassiste adipeux, un batteur nabot et un guitariste moyen dans tous les sens du terme, les Blattes parcourent villes et campagne dans leur combi déglingué (quand il ne tombe pas en panne où qu’ils n’en paument pas les clés) et sont prêts à tout pour jouer enfin devant un public, que ce soit dans un rade pourri, le métro… ou les catacombes. Ils auront même l’occasion de passer au Zénith. Mais à chaque fois, le sort leur est contraire. Une malchance que leur stupidité sait provoquer au besoin.
Maniant un humour féroce et décalé, avec un vrai sens de l’absurde « Les Blattes » renouvellent la BD comique et le genre « gros nez » en livrant une caricature de groupe de Rock amateur tout aussi avisée que réjouissante.

L’interview de Mo/Cdm, c’est par ici

Punk Rock Jesus

Dessins et scénario : Sean MURPHY

Dans le registre du « Plus, c’est gros, plus ça passe », les Amerloques sont les rois (oui, bon les Japonais sont pas mal non plus). Certes, il faut adhérer au postulat de départ, mais si c’est le cas, c’est foutu, impossible de décrocher. Prenez les Super Héros, tous ces types qui grimpent sur les murs ou dégomment des buildings d’une pichenette, si on prend juste deux secondes de recul, c’est franchement n’importe quoi. N’empêche, ça fait des dizaines d’années que ça dure. Au demeurant, ceux qui font vivre ces beaux messieurs et ces charmantes demoiselles dans leur combinaison moulante sont souvent des artistes accomplis, Stan Lee, Jack Kirby, John Buscema, Frank Miller ou Bill Sienkiewicz (par ailleurs, dessinateur du somptueux Jimi Hendrix, la légende du Voodoo Child) qui ont donné au genre ses lettres de noblesse.
Punk Rock Jesus 1Et puis il y a bien longtemps que les Comics ne se limitent plus à des mecs qui combattent le mal avec le slip au dessus du collant en affrontant des méchants verdâtres lookés comme des gargouilles. Des auteurs comme Will Eisner, Robert Crumb, Joe Sacco (avec son magistral Le Rock et moi) ou Art Spiegelman illustrent toute la diversité de la BD américaine à l’instar de sa cousine francophone. Harvey Kurtzman, fondateur du magazine MAD, a d’ailleurs largement influencé des auteurs comme Gotlib et donc indirectement la BD Rock en France. Tout comme de ce côté-ci de l’Atlantique, le roman graphique a également pris son essor grâce à des auteurs comme Craig Thompson, Charles Burns ou Alex Robinson, pondant des œuvres aussi originales que personnelles.
Sean Murphy, dans Punk Rock Jesus s’inscrit dans cette veine tout en adoptant un postulat dont l’énormité ne déparerait pourtant pas dans un bon vieux récit de Super Héros. A savoir créer un clone de Jésus à partir de traces d’ADN prélevées sur le Saint Suaire. Non, sérieux, c’est quoi cette connerie, Sean ? (pardon, c’était plus fort que moi). C’est pas un peu too much, là ?
Bon, d’accord, rien que pour le titre et la couverture, validons le postulat et laissons nous embarquer pour quelques 224 pages d’une intrigue foisonnante.
Or donc, cette réplique du Christ, fécondé in vitro devient dès sa naissance le héros d’une émission de télé-réalité, filmé 24 heures sur 24 dans une luxueuse et gigantesque propriété high-tech, gardée comme une forteresse. Tout baigne, l’audience grimpe, entre passion malsaine et réaction exacerbée de l’Amérique conservatrice. Tout ça ne pouvait que mal tourner, ou plutôt, très bien, du point de vue des fans de binaire primaire, car ce petit Jésus, Chris pour les intimes, va s’affranchir de ses leçons holographiques de catéchismPunk Rock Jesus 2e à l’eau de rose pour devenir, au détour de l’adolescence, une icône Punk avec son groupe, les « Flak Jackets ». Réjouissante évolution et jouissive révolution au travers de laquelle Murphy donne sa version irrévérencieuse de quelques thèmes identitaires des U.S.A. : Religion, violence ou pouvoir exorbitant des médias. Outre Chris, prophète d’un athéisme militant, cette évangile Rock égratigne une autre figure emblématique du Christianisme, la vierge Marie, ici prénommée Gwen, pauvre fille fragile qui ne tarde pas à sombrer dans la drogue et la dépression.
S’ajoutent à cette galerie de portraits une scientifique écolo, une virago chrétienne intégriste, chef de la N.A.C. (Nouvelle Amérique Chrétienne) et un producteur cupide et sans scrupules. Mais le personnage secondaire le plus fascinant est sans conteste Thomas, colossal garde du corps, ex-terroriste repenti de l’I.R.A., père de substitution de Chris… et fan des grands groupes du Punk britannique, Sex Pistols, Clash et bien sûr les Nord-Irlandais Stiff Little Fingers.
Tous les ingrédients sont réunis pour un cocktail que le dessin fait exploser avec une précision chirurgicale et une densité impressionnante, notamment dans des scènes d’action d’une efficacité bluffante. Certaines planches offrent une telle profusion de détails qu’on hésiterait presque à s’y plonger. Pour apprécier pleinement un tel récit, mieux vaut donc s’y lancer à fond, sans avoir peur d’être ballotté, voire franchement bousculé, comme dans un pogo furieux. Dessin époustouflant, scénario captivant, rythme trépidant, Punk Rock Jesus est une œuvre majeure de la BD Rock tant par sa virtuosité graphique que par son approche résolument moderne et iconoclaste.

Une histoire d’hommes

Dessins et scénario : ZEP

Certains mecs sont énervants. Ils ont tout pour eux, beaux, sympas, talentueux et en plus ils sont des stars. Tout ce qu’ils font semble immanquablement marqués du sceau doré du succès. Même chez les Rockstars, où l’on compte un sacré paquets de connards égocentriques et prétentieux, il en est que l’on adore envier et dont l’on n’est même pas jaloux quand l’on voit sa chère et tendre s’extasier sur leur belle gueule encadrée d’une masse de cheveux crades et pas rasée de cinq jours. Le genre Dave Grohl, le batteur sans qui Nirvana serait resté un groupe de Grunge comme les autres et qui maintenant chante et joue de la gratte en enfilant les tubes Rock comme des perles.
Une histoire d'hommes 1S’agissant de la BD, il y a Zep, une star de la BD comique transgénérationnelle avec son Titeuf qui en apprend autant sur les pré-ados que le meilleur manuel de pédopsychiatrie, Grand Prix d’Angoulême à même pas 40 balais, plutôt bien fait de sa personne, de si loin que je sois concerné et qui, comme ça d’un coup, décide de changer carrément son crayon d’épaule en adoptant un style réaliste à la place des gros nez qui ont fait sa renommée.
Et sur le thème du Rock en plus. Même pas peur.
Le pitch fleure pourtant le déjà vu : Les quatre membres d’un groupe de Rock se retrouvent vingt ans après, pour un week-end à la campagne où ils vont égrener bons et surtout mauvais souvenirs dans le manoir So British du Devon où les accueille Sandro celui qui est devenu une star tandis que les trois autres replongeaient dans l’anonymat, avec des fortunes très diverses. Même si le récit a son identité propre, ce thème des retrouvailles champêtres entre potes n’est pas sans évoquer des films comme « Peter’s Friends » ou « Mes meilleurs copains » avec, pour l’aspect règlement de comptes entre amis, une pointe du « Déclin de l’empire américain », ce qui constitue au demeurant un background des plus estimables.
Pour le reste, Zep joue toutes les gammes qui ont fait sa réputation. Un dessin sobre et diablement efficace qui n’a rien perdu de sa personnalité et de son expressivité en passant du côté réaliste, bien au contraire, avec une mise en page affranchie des cases (un style déjà éprouvé dans les albums de la série Happy ou encore Découpé en tranches) et des couleurs s’accordant avec l’ambiance des scènes. Un humour imparable au travers des dialogues dignes des meilleures comédies modernes. Et surtout des personnages impeccablement campés, archétypiques, avec juste ce qu’il faut de caricature pour leur conserver toute leur crédibilité. Zep étant lui-même un musicien ayant sévi dans nombre de groupes amateurs qui ont failli le détourner de la BD, il a une très bonne connaissance de tous les clichés Rock, comme il l’avait prouvé dans son Happy Rock. Il a de nouveau puisé dans son répertoire pour inventer ce groupe, les « Tricky Fingers » (que ceux qui n’ont pas compris l’allusion stonienne n’ont plus qu’à monter et descendre 300 fois la braguette de leur jean, ça leur fera les phalanges), valeur montante des années 1990 mais dont le destin va contrarier l’ascension. Frank, le batteur gaffeur et grande gueule et JB, leHistoire d'hommes 2 bassiste sage et posé assurent la base rythmique sur laquelle l’incontournable duo mythique du Rock, chanteur et guitariste va venir se greffer. Sauf qu’à la traditionnelle lutte des égos à la sauce Jagger-Richards, Lennon-Mc Cartney ou Tyler-Perry, l’auteur livre une variante plus subtile. La relation entre Sandro, le leader charismatique et sûr de lui et Yvan le guitariste, musicien génial mais mal dans sa peau est le point central du récit, décliné sous l’angle de la rivalité musicale et sentimentale, Sandro s’étant marié avec l’ex petite amie d’Yvan. Le souvenir de leur fils mort dans un accident de moto un an plus tôt les ont éloignés l’un de l’autre tandis qu’Yvan de son côté est incapable d’assumer le désir d’enfant de sa compagne.
Le week-end s’annonce tendu entre les deux hommes dont l’amitié semble s’être brisée alors qu’ils composaient autrefois les deux facettes d’un même personnage, comme le souligne leur ressemblance physique. Cela aurait pu donner un récit lourd et pesant mais la grande réussite du récit est de combiner drame et comédie sans jamais verser dans le Pathos larmoyant ni l’humour gratuit. La révélation finale, bouleversante et rédemptrice est certes des plus classiques. Mais l’une des grandes forces du Rock est de se renouveler en s’inspirant des gimmicks et des standards du genre pour donner naissance à des œuvres originales où s’affirment la personnalité de leurs auteurs. On ne reprochera donc pas à Une histoire d’hommes d’avoir adopté la même démarche. Car ici tout sonne parfaitement juste comme une Stratocaster (oui, d’accord, ou une Les Paul!) impeccablement accordée.

Vraiment énervant ce Zep. Encore heureux qu’il perde ses cheveux !

Bonus Track : François AMORETTI

A propos de Burlesque Girrrl, 3 questions à François AMORETTI

Pourquoi avoir choisi cette ambiance et ces thèmes résolument Vintage, qu’il s’agisse de la musique, de l’érotisme, des voitures, ou même du graphisme ?
J’écoutais beaucoup de Rockabilly lorsque j’étais lycéen, c’est une musique que j’écoute depuis cette époque de manière régulière. Il m’arrive de faire des pauses mais j’y reviens toujours. Et l’univers qui va avec m’a toujours plu. De plus ces dernières années, différents mouvements Indé se sont ralliés sous la bannière Kustom Culture: Rockabilly, Burlesque, Hotrod, tatouages, vintage, etc. Adhérant à plusieurs d’entre eux, il m’a semblé logique de les inclure au récit.

Comment se sont passées les rencontres avec ces égéries modernes du Rock’n Roll et New Burlesque que sont respectivement Collen Duffy et Mimi Le Meaux ?
Burlesque 3Pour Colleen, j’étais grand fan de sa musique mais surtout de sa démarche. On ne se connaissait pas et j’y suis allé au culot : je lui ai écrit un email pour prendre contact, lui présenter mon projet. Elle m’a répondu dans les 5 minutes, j’ai été très surpris! Ce fut le début d’une longue correspondante. Je ne lui demandais que d’être la marraine du groupe et de Violette dans le livre donc elle n’avait rien de spécial à faire sinon me laisser la dessiner et utiliser son image et son nom. Puis elle m’a demandé si elle pouvait faire quelque chose de plus, je lui ai donc proposé la préface. Pour Mimi, c’était un peu pareil… je l’ai déjà croisée mais sans se présenter. Nous avons un ami proche en commun, Charlie Lecach par qui j’ai fait passer ma demande. Mimi a beaucoup aimé l’idée et Violette surtout. Après quelques échanges amicaux, elle s’est lancée et à écrit sa préface. Deux rencontres vraiment formidables! Je ne les remercierai jamais assez de leurs soutiens et de leurs participations.

Violette est un personnage fascinant et attachant, physiquement et spirituellement. Est-ce une sorte de synthèse de la femme idéale ou bien a-t-elle été modelée pour les besoins du récit ?
J’ai pensé Violette pour qu’elle puisse servir le récit. Elle est tellement originale et sur-féminisée qu’on ne peut que se retourner sur son passage qu’on la trouve belle, fascinante, sexy ou même repoussante. Violette se devait de marquer le lecteur. Beaucoup m’ont demandé si elle représentait mon fantasme, ce n’est pas le cas. Je la trouve magnifique mais ce que je préfère chez elle c’est son courage et son expression de la féminité (entres autres).

Burlesque Girrrl

Dessins et scénario : François AMORETTI

Lors de road-trips béarnais, au cours de mes dernières vacances, la seule station correctement audible de la bande FM était France Culture. Du coup, j’en ai profité pour me mettre à niveau. Entre une émission sur la théorie des cordes et une autre sur la rivalité Voltaire-Rousseau, je suis tombé sur un cycle consacré aux rapports entre Sexe et Rock. Une suite d’entretiens, avec des musiciens, écrivains ou journalistes, illustrée par des extraits sonores judicieusement choisis. J’en ai retenu pour l’essentiel qu’à la base, le Rock c’est du sexe en musique, les déhanchements d’Elvis, la bouche de Jagger, le mascara de Bowie, le torse de Morrison, le micro de Prince, les paroles de Lou Reed… tout tourne autour de ça.

Reste que dans le Rock, les sex-symbols sont presque exclusivement des mecs, comme si les filles devaient mettre de côté leurs charmes et se muer en garçon manqués, gouailleuses et rebelles pour prétendre à la crédibilité Rock. Burlesque Girrrl propose à cet axiome une alternative bien plus aguichante. « Grrrl » est un groupe de Rockabilly qui s’efforce de percer dans le Rock Bizness en essayant de décrocher un contrat lui permettant de sortir son premier disque. Un thème abondamment traité dans la BD Rock.

Le récit d’une veine très classique, en dépit de quelques événements dramatiques, ne laisse d’ailleurs guère de doute sur la fin de l’histoire.Ce qui s’avère en revanche bien plus original, c’est le personnage de Violette, affriolante contrebassiste de « Grrrl », aux formes furieusement féminines, d’une sensualité exacerbée mais tout en nuances et exempte de la moindre vulgarité. D’autant que la belle rousse aux courbes généreuses pratique l’effeuillage burlesque, une forme de strip-tease rétro, faisant la part belle à la lingerie froufroutante et à l’esprit du cabaret.

De l’érotisme chic dans lequel elle excelle et où sa carrière dans les magazines ou sur les planches s’avère bien plus prometteuse que celle de son groupe. C’est pourtant à ce dernier qu’elle est dévouée corps et âme, comme elle l’est à Peter, chanteur et guitariste dont le hobby consiste à retaper des bagnoles de collection des années 1950.

Burlesque, Roadsters et Rockabilly, le livre est entièrement placé sous le signe du Vintage, y compris dans l’approche graphique et la mise en couleurs, vraiment superbes. L’auteur a poussé très loin l’interaction entre la réalité Rock et la fiction BD en intégrant dans son récit Collen Duffy la pulpeuse chanteuse de « Devil Doll », combo américain de Rock’n Roll qui joue un rôle central dans l’histoire.

Amoretti s’est inspiré de ces deux univers rétro : musical du Rockabilly et esthétique du Burlesque, avec ses effeuilleuses aux rondeurs ornementées de somptueux tatouages. Il réalise au travers de Violette un portrait de femme indépendante et fragile, courageuse et sensible, subtil mélange de candeur romantique et de culot rock’n roll que le destin pousse à sortir et montrer le meilleur d’elle-même pour s’affirmer dans le groupe et devenir une musicienne à part entière.

Car entre se déshabiller et chanter sur scène, l’exercice où l’on se met le plus à nu n’est pas forcément celui qu’on croit. Un personnage fort de la BD Rock qui a permis à Burlesque Girrrl de remporter le prix du festival Bulles Zik en 2013.

Chaque tome est agrémenté d’une préface, de Colleen Duffy, déjà citée, pour le premier et Mimi Le Meaux, icône du Burlesque pour le second et se clôt par un petit art-book où quelques autres dessinateurs donnent leur propre version de Violette. Du bien bel ouvrage qui donnerait presque envie d’emmener sa chérie chez le tatoueur et de passer son CAP de mécanicien auto.

Bonus Track : 3 questions à François AMORETTI

J’aime vraiment pas la chanson française

Dessins et textes : LUZ

C’est pas souvent mais il m’arrive, en tournant la dernière page d’un livre, d’avoir envie de dire merci à son auteur. A cause d’un récit qui m’a, au choix, fait vibrer, pleurer… de rire ou pas, et plus généralement m’a donné l’impression d’en avoir appris un peu plus sur l’humanité. Il arrive même parfois que cela me donne envie de me réconcilier avec mes congénères, non pas que je sois fâché mais franchement y’en a qui cherchent un peu tout de même. Sur ce point, J’aime vraiment pas la chanson française a produit l’effet inverse : Je n’avais déjà guère d’estime pour les parangons de ce pseudo genre musical bien de chez nous, j’ai dorénavant une envie furieuse d’intégrer le camp des anti, ceux qui, dans l’intimité d’une conversation de salon en compagnie de personnes de confiance, iraient même jusqu’à dire qu’après tout, la peine de mort, pourrait y’avoir des exceptions.
Chanson française 2Bon, on se calme, tout ça c’est pour rire. Et puisqu’on parle de se poiler, ce pavé dans la mare de la ritournelle hexagonale superbement drapée dans son exception culturelle, dispense un demi-kilo de causticité extra pure, coupée à l’humour noir foncé. Certes, ici, il n’est pas question de Rock, bien au contraire, mais on sent sa présence partout, une anti-thèse latente qui reprendra le dessus dans nos platines, une fois que la messe aura été dite.
Luz avait déjà commis en 2007 un premier (re)jet sur le même thème et avec le même titre, l’adverbe en moins. Déjà fort drôle, avec quelques diatribes et dessins d’anthologie, il allumait férocement les Bénabar, San Severino, Pagny, Delerm et consorts, avec le dernier cité en guise de Monsieur Loyal de ce bal des Enfoirés au xième degré. Il ne s’agissait que d’un avertissement, un tir d’artillerie annonciateur de la grande offensive. Puisque visiblement le premier message n’a pas été clair, Luz avec ce deuxième opus, passe à la vitesse supérieure.
Ce n’est plus de la caricature mordante et acide, c’est une exécution en règle sans autre forme de procès. Luz ne juge pas, il condamne. Faisant fi de la convention de Genève, il lâche armes chimiques et napalm, torture à la gégène et achève les blessés. Cali, Vanessa Paradis, M, Renaud, Johnny, Zaz, Goldman, les Enfoirés… ils y passent tous, vieilles gloires et nouvelles stars, un vrai génocide. Cette fois, sa victime préférée n’est pas Vincent Delerm, même s’il est bien présent, toujours dépeint en imbécile heureux mais Benjamin Biolay. La nouvelle coqueluche du tout Paris culturel apparaît dans quasiment la moitié des pages (j’ai pas compté mais ça doit pas en être loin), avec Bénabar en guest star, Luz s’amusant à broder sur la pseudo rivalité entre les deux têtes de gondoles de la NCF. On pourra également apprécier le sort réservé à Bertrand Cantat, sans doute l’une des meilleures manières d’oublier un peu le malaise que suscite auprès des fans de Noir Désir son retour décomplexé sur le devant de la scène.
Le propos n’est pas d’expliquer pourquoi l’intéressé éprouve une telle aversion pour la chanson française et encore moins en quoi celle-ci aurait moins d’intérêt que le Punk ou l’Electro. Il s’agit de dégommer gratuitement, pour le fun et le défoulement. Alors, oui, c’est incontestablement bête et méchant (aucun respect, même pour les aveugles, à en juger par le traitement infligé à Amadou et Mariam) mais aussi Chanson française 1jubilatoire, pour peu que l’on partage un tant soit peu le postulat de l’auteur. Tous ces grands artistes bien de chez nous sont moches (la pauvre Vanessa) et cons à la fois, comme on se plait à les voir quand on ne goûte pas la soupe qu’il nous serve sur les ondes et à la télé. Le dessin de Luz est d’une précision et d’une efficacité redoutables. Sans rentrer dans le jeu des comparaisons oiseuses, on y retrouve l’esprit et le ton des gags de Reiser ou de Cabu.
Mais il existe encore quelques Justes dans la Cité, tels Philippe Katerine, miraculé de cette hécatombe et qui livre une préface illustrée de quelques dessins et se prête à une interview graphique agrémentée de dessins de concerts pris sur le vif, un exercice de style original très prisé de Luz dont il a amélioré le concept au gré de ses collaborations avec la photographe Stefmel.
Nous, les adeptes incompris, détenons enfin la réponse aux vilipendes des marchands du Temple et, qui sait, de quoi convertir quelques Païens à la cause du Rock. Il nous suffira désormais de citer un passage de l’évangile selon Saint Luz. Pas sûr que ça marche mais ça les fera peut-être rigoler… s’ils ont de l’humour.

L’interview de Luz, c’est ici

The Joke

Dessins et textes : LUZ

C’est dur d’être fan du meilleur groupe de Rock du monde, spécialement quand on est l’un des rares à en être vraiment convaincu, et encore plus quand il s’agit de The Fall. Un groupe dont la notoriété se limite à un petit cercle d’initiés mais qui compte quand même à son actif une trentaine d’albums, figure dans la bande originale de quelques films (dont Le Silence des agneaux) et peut donc revendiquer sans problème le statut de groupe culte.
The Fall est un groupe de Manchester, fondé en plein vague punk par un certain Mark E. Smith, un mec hors normes, intransigeant, déjanté, misanthrope, en résumé, soit un allumé génial, soit un connard de première.
Luz, qui est un fin connaisseur du binaire primaire et possède en outre l’indéniable qualité de ne pas aimer la chanson française, a opté pour la première option sans pour autant écarter définitivement la seconde.
The Joke commence par présenter les étapes essentielles de l’épopée punk, post-punk, kraut-punk, etc. de The Fall. Juste de quoi permettre au lecteur de savoir en gros de quoi il retourne. Pour le reste, il s’attaque avec une délectation ostentatoire et sado-masochiste au personnage de Mark E. Smith, ses travers, ses addictions, bref ses traits les plus marquants, à commencer par une improbable voix de canard ainsi qu’un sale caractère confinant au despotisme qui a fini par faire de lui le seul survivant de la formation originale de The Fall en même temps que son âme (damnée).
Tout cela donne prétexte à des gags iconoclastes et de joyeuses caricatures (Mark E. Smith est impayable en Canardo destroy). Mais derrière l’ironie mordante et sans concession (une caractéristique du travail de Luz) pointe l’admiration idolâtre. Qui aime bien chambre bien est le credo de The Joke.
Initialement paru en 2003, Les Requins Marteaux rééditent The Joke aujourd’hui, dix ans après, dans une version augmentée d’un épilogue de quinze pages que Luz a créé à l’occasion de la sortie du nouvel album de The Fall, « Re-Mit ». Selon les spécialistes, cet opus s’avère assez décevant. C’est peut-être ce qui a poussé Luz à imaginer une rencontre mystico-numérique avec le Mister Smith, dont l’issue délirante apporte la touche finale qui s’imposait pour parachever cet autoportrait de fan hardcore.
Ah, au fait, pourquoi The Joke ? Certes, on pourrait croire qu’il résume à lui seul la carrière de The Fall mais l’explication officielle est toute autre. Pour la connaître, ben, lisez le bouquin.

Le Panthéon des stars du Rock

Dessins et textes : Alex BOCHARD

Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils sentaient bon… le tabac chaud, l’huile de cannabis et le Bourbon pour les plus sages d’entre eux. Leur enfance a été difficile, leur vie aura été très agitée et courte pour la plupart, leur mort souvent tragique renforçant alors leur légende, faisant d’eux des Stars du Rock, condition plus noble et pérenne que celle des Rockstars.Panthéon Rock 1
Hormis la quantité industrielle de substances psychotropes qui ont coulé dans leurs veines, ils avaient quelque chose de plus que leurs congénères. Du génie, un charisme pas toujours maîtrisé ou une certaine esthétique de la déglingue. Sur la période 1960-1970, ils furent un certain nombre à obtenir une carte de membre éternel de ce club très sélect. Alex Bochard a choisi de n’en retenir que la crème de la crème et de les réunir dans un album BD.
Un nouveau biopic dessiné donc comme il en a fleuri pas mal depuis quelque temps pour évoquer les icônes du Rock. Pas évident de se démarquer au milieu d’une production qui sur ce thème, mine de rien, commence à être sérieusement étoffée, en attendant de devenir pléthorique (on a encore un peu de marge tout de même).
Que dire de plus qui n’ait déjà été dit sur Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, John Lennon et Sid Vicious ? Pour éviter l’écueil de la redite ou du plagiat, l’auteur a adopté une approche assez astucieuse : synthétique, en se limitant aux principaux épisodes et faits marquants de leur biographie, humoristique (avec un brin d’irrévérence et beaucoup de caricature) et variée graphiquement, alternant, sur une jolie toile de fond ocre et marron qui donne un effet vintage assez sympa, portraits d’après photos, dessin traditionnel et numérique. C’est d’ailleurs là que réside la vraie originalité et la principale qualité de l’opus qui rompt ainsi avec le schéma classique des strips et des cases sagement alignées (on parle de Rock, là, faut s’lâcher un peu !). ça compense largement les reproches que pourraient faire d’un côté les encyclopédistes de Rock (« j’le savais déjà »), et de l’autre les fins connaisseurs de l’humour qui fait rire (« j’ai pas trouvé ça drôle »). Panthéon Rock 2Là-dessus, on ne mettra jamais tout le monde d’accord mais visuellement, les personnes dotées d’un goût artistique très sûr, n’est-ce pas, seront forcés d’admettre que ce petit Panthéon mérite le recueillement. Et au passage, conformément au credo des prédicateurs adeptes du culte du Binaire Primaire dont je fais partie, il prolonge l’évangélisation des mécréants qui connaîtront ainsi un peu mieux la vie des saints et leurs auréoles (plutôt sous les bras, le comptoir ou le tapis, en l’occurrence). Grâce soit donc rendu à ce nouveau prophète et à sa version de la Genèse.