Ringo – L’âme des Beatles (1940-1968)

Dessins et Textes : Hervé BOURHIS

« L’âme des Beatles », Ringo ? Non, sérieusement ? Voilà un sous-titre intriguant, voire un brin provocateur. Car quand on ne connaît, comme moi, de Ringo Starr que ce que tout le monde sait, c’est à dire pas grand chose, on a du mal à imaginer que le jovial et sympathique batteur, mais musicalement loin derrière ses trois illustres camarades, puisse mériter un tel honneur. Pourtant, après avoir refermé l’album, cela sonne comme une évidence.
Fort du succès de Paul – La résurrection de James Paul McCartney (1969-1973) sorti en 2025, Hervé Bourhis a entrepris de parler d’un autre Fab Four. Mais contrairement à Paul. qui évoquait l’immédiat après Beatles, Ringo retrace la vie de Richard Starkey depuis sa naissance jusqu’à son départ des Beatles en 1968.
Car, oui, le premier a avoir abandonné le sous-marin jaune, c’était bien le gentil Ringo. Lassé par les interminables séances d’enregistrement de l’album Double Blanc (mon préféré, pour ce que ça vaut), les passe d’armes des
trois autres, dont les égos sont de moins en moins compatibles, Ringo ne trouve plus sa place au sein du groupe et décide de le quitter et de partir au soleil avec son épouse.
C’est l’argument de départ dont va découler un long flash-back, en forme de confidence autobiographique, débutant quand Ringo, âgé de 7 ans, est cloué sur son lit d’hôpital, pronostic vital engagé. Ça démarrait mal pour le garçon, pur produit de la classe ouvrière de Liverpool, élevé par une mère célibataire, aimante mais fauchée. Avant de devenir le batteur le plus célèbre du monde, Ringo a galéré pendant toute son enfance. Mais dès qu’il a eu en main ses premières baguettes et commencé à taper sur des casseroles, son destin était tout tracé et même si son histoire peut ressembler à un conte de fées, son arrivée dans les Beatles était inévitable. Il les a longtemps côtoyés, à Liverpool et Hambourg notamment alors qu’il jouait dans Rory Storm & The Hurricanes. Ce dernier était un groupe de premier plan de la scène anglaise, tournant un peu partout en Europe, même s’il ne jouait que des reprises, comme beaucoup de formations à l’époque. Les Beatles l’avaient repéré et sont venus le chercher quand il est apparu que Pete Best ne collait plus dans le projet : Pas assez intégré dans le groupe, pas assez bon batteur et trop beau gosse, tout ce que Ringo allait offrir en contrepoint.
Après, c’est son talent qui a fait le reste. Son talent et aussi, comme le dévoile ce biopic, son état d’esprit. Ringo était ce que l’on peut appeler, sans être péjoratif, un bon gars, le seul qui faisait l’unanimité auprès des trois autres, loin de leurs querelles d’égo. Le fait qu’il ne compose pas lui conférait un statut à part, comme pilier du groupe, toujours dans le bon tempo, dans tous les sens du terme. Il savait d’où il venait, le Liverpool de la classe ouvrière des années 50-60, dont l’atmosphère est ici impeccablement restituée, et donc ce qu’il devait à ses comparses.
Bourhis retrace la vie de Ringo jusqu’à son départ des Beatles (spoiler : pas vraiment définitif) par petites touches, entre moments décisifs et anecdotes savoureuses qui au final constituent un portrait tout en finesse du plus méconnu des Beatles. Le fait d’avoir opté pour une narration à la première personne la rend très immersive et souligne le caractère profondément humain et attachant de Ringo.
Comme dans Paul, le récit est émaillé de fresques pleine page, sortant du schéma classique de la planche, pour mieux évoquer l’effervescence et le tourbillon de la courte carrière des Beatles et ce que cela pouvait provoquer dans la tête de leurs membres.
Autre gimmick très appréciable : De courtes citations de John, Paul et George, juste illustrées par leur trombine, viennent au fil des pages confirmer tout le bien que chacun pensait de Ringo. Comme d’habitude avec Hervé Bourhis, la fluidité de la lecture est au rendez-vous. Le graphisme et la mise en couleurs alternant, selon l’époque ou le propos, entre noir et blanc profond et couleurs chatoyantes, vont à l’essentiel. Une centaine de pages pour mettre fin à notre ignorance sur le plus injustement méconnu des Beatles, on aurait tort de s’en priver.
Ringo, l’âme des Beatles ? Carrément ! Et on attend avec impatience, les deux prochains biopics, car on sait désormais que John et George compléteront la série.

La chronique de Paul – La résurrection de James Paul McCartney (1969-1973), c’est par là et l’interview de Hervé Bourhis, par ici.