MO/CDM – Interview

Mo/Cdm a commis plusieurs récits autour du Rock avec ses complices Gaël ou Julien Solé. Leur point commun : un humour décalé, potache mais qui derrière le gag, révèle une bonne connaissance et une fine observation des clichés et des aspects souvent caricaturaux du Rock. Mo/Cdm est musicien (batteur) et forcément ça ne peut pas nuire pour se moquer gentiment de sa passion.

Les Blattes, c’est un peu une synthèse de toutes les galères rencontrées par les groupes de rock débutant. Il y a un côté autobiographique ?
Oui et non. Oui, parce que comme beaucoup de dessinateurs, j’ai joué et je joue dans un groupe afin d’échapper quelques temps à la solitude de la planche à dessin. Non, parce que rien de ce qui est arrivé au long des trois albums ne m’est arrivé.

Quels points communs vois-tu entre Rock et BD ?
Deux modes d’expression très populaires et ouvert à tous qui ont connu en un demi-siècle une incroyable évolution. Avant il y avait « un » rock et « une » BD. Aujourd’hui les genres, sous genres, sous catégories, déclinaisons, nouvelle vague, ancienne garde et autres familles sont incalculables !!!

Pourquoi avoir choisi des « Métalleux » comme protagonistes ?
Ils sont souvent des vrais gentils habillés en vrais méchants. Ça nous a plu.

Hormis Les Blattes, tu as créé avec ton complice Gaël, La légende du Disque de Bob Marley, un récit très original et pour le moins allusif sur le Reggae. C’était quoi le concept ?
L’éditeur voulait un bouquin sur Johnny Hallyday. Ni Gaël ni moi-même n’avions envie de parler de Johnny qui, je dois le dire, sans aucune méchanceté, nous laisse parfaitement froid.
Nous avons donc proposé Bob. L’éditeur a dit oui sans nous préciser qu’il voulait une sorte de bio en BD. Trop tard !!!! on était déjà barrés bien loin dans l’espace intersidéral du grand n’importe quoi !!!!!!!!

Le rock est souvent traité de manière caricaturale ou parodique dans la BD, que ce soit dans les scénarios ou dans le graphisme, c’est un bon filon pour un auteur de BD humoristique ?
Je suis persuadé qu’il n’existe aucun mauvais sujet et aucun thème qui ne puisse être traité de telle ou telle manière. Ce qui n’existe pas n’a rien d’impossible, c’est juste que ça n’a pas encore été fait.

Existe-t-il, selon toi un graphisme ou un style de dessin « rock » ?
Non, je ne crois pas. Evidemment, on pense plus à Crumb ou Druillet quand on dit Rock mais je suis persuadé que Hergé aurait pu faire une superbe pochette pour les Ramones.

Si tu pouvais te réincarner en rocker, illustre ou inconnu, qui choisiriez-vous ?
Didier Wampas.

La bande-son des Blattes, ce serait quoi ?
Les Clash qui jouent « The Final Countdown » de Europe !!!!

Les Blattes parviendront-ils un jour à donner un concert, voire à sortir un disque ?
Ça m’étonnerait beaucoup !!!

Les Blattes


Dessins : GAËL – Textes : MO/CDM


Évidemment, avec un groupe affublé d’un tel patronyme, on ne peut s’empêcher de penser à une autre célèbre bande d’invertébrés, originaires de Liverpool. L’allusion est savoureuse d’autant que si les Scarabées étaient brillants et géniaux, leurs quasi-homonymes sont eux obscurs et laborieux. Les uns se sont envolés vers les cimes de la notoriété tandis que les autres rampent dans les bas-fonds de l’anonymat.

Ce n’est pas tant leur talent ni leur musique qui est en cause. On ne peut d’ailleurs rien en dire car jamais on ne voit les Blattes jouer la moindre note de musique. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer mais à chaque fois, un imprévu (souvent sous forme d’un ou plusieurs individus imperméables à l’art) leur coupe le sifflet avant même le premier accord.Vu leur allure, cheveux longs, jeans et débardeurs noirs, nous avons affaire à des métalleux.

Ils le confirment d’ailleurs eux-mêmes dans l’une de leurs premières aventures, en répondant à l’interrogation de l’un des rastas qui viennent de les tabasser pour les empêcher de donner leur premier concert.Ce premier concert, c’est leur Graal, inaccessible, pour lequel ils se donnent à fond et surtout dans le désordre.

Composés d’un bassiste adipeux, un batteur nabot et un guitariste moyen dans tous les sens du terme, les Blattes parcourent villes et campagne dans leur combi déglingué (quand il ne tombe pas en panne où qu’ils n’en paument pas les clés) et sont prêts à tout pour jouer enfin devant un public, que ce soit dans un rade pourri, le métro… ou les catacombes. Ils auront même l’occasion de passer au Zénith. Mais à chaque fois, le sort leur est contraire. Une malchance que leur stupidité sait provoquer au besoin.
Maniant un humour féroce et décalé, avec un vrai sens de l’absurde « Les Blattes » renouvellent la BD comique et le genre « gros nez » en livrant une caricature de groupe de Rock amateur tout aussi avisée que réjouissante.

L’interview de Mo/Cdm, c’est par ici

Cosmik Roger

Dessins : Julien SOLÉ – Textes : MO/CDM

Vous connaissez Valérian, le héros spatio-temporel créé par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières ? Donc, vous prenez un Valérian, pas trop frais, vous ajoutez une barbe de trois jours, un penchant indéfectible pour la picole et une prédilection pour les aliens femelles qui n’ont pas froid aux yeux (qu’elles en aient un seul ou plus de deux), vous enduisez d’une bonne couche de fainéantise et assaisonnez avec une grosse pincée de stupidité. Vous obtenez un Cosmik Roger prêt à consommer.
Cosmik Roger a une mission : sauver l’humanité. Facile. Et pour ce faire, trouver une autre planète habitable, la terre étant devenue une gigantesque décharge. Un job peinard, bien payé mais forcément limité dans le temps. Vu qu’il est censé être le plus qualifié pour s’acquitter de cette tâche, ça laisse perplexe quant aux chances de survie de l’espèce humaine. Car en bon fonctionnaute, Roger fait durer le plaisir et passe le plus clair de son temps à glandouiller aux quatre coins de la galaxie et à se pochetronner au Rendez-vous des Anneaux, un troquet de quartier paumé sur un minuscule astéroïde. Une parodie tout à fait dans l’esprit potache de Fluide Glacial,
Et le Rock dans tout ça ? D’abord, Cosmik Roger a une hérédité chargée car l’un de ses géniteurs n’est autre que Mo/Cdm le scénariste des Blattes, le groupe de Métal le plus foireux de l’histoire. Et Julien, son dessinateur, a quant à lui donné vie aux Zumbies, scénarisé par le sieur Yan Lindingre, et il est accessoirement le rejeton de Jean Solé, auteur du foutraque Pop & Rock & Colégram et de Mélodimages.
Déjà, le second tome des aventures de ce foireux interstellaire mettait en scène, dans un gag fracassant, les « Bourrins », un groupe d’aliens déchainés où les auteurs s’amusaient à revisiter les clichés des textes de Métal.
Dans Tragical Cosmik Tour, le 6è tome, Roger passe la vitesse lumière et entame la carrière de rocker auquel son comportement addictif et marginal le prédestinait. Mais attention, Roger n’est pas un rocker lambda. Il est Elvis himself, ou du moins sa descendance génétique, dans une version SF débridée où, affublé du costume de clown blanc d’Elvis à Las Vegas, il écume les quatre coins de l’univers avec son gang d’extraterrestres. Tout cela n’est bien sûr que le prétexte à de délirantes et burlesques variations autour de ce thème improvisé. On citera pour exemple le casting de batteurs auquel échoue un alien sans bras ni jambes. Tout le reste est du même tonneau. Mo/Cdm et Julien Solé qui prennent à l’évidence un plaisir sadique au fil des aventures de leur anti-héros à le coller dans les pires des mouises, glissent ici toute une série de clins d’œil irrévérencieux à l’imagerie rock’n rollienne.
Elvis et le Rock méritaient-ils ça ? Vu comme ça nous fait marrer… Affirmatif, Monsieur Spock !