Dessins et textes : Frank MARGERIN
Si l’on devait citer dans la BD franco-belge un personnage capable à lui seul d’incarner le héros Rock par excellence, inutile de chercher longtemps, un prénom s’impose, chez les amateurs de BD comme de Rock : Lucien, le héros créé par Frank Margerin à la fin des années 1970. Pourtant, il était loin d’être le seul en ces âges farouches où quelques journalistes, Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manoeuvre en tête, permettaient enfin au Rock de monter sur les planches de bandes dessinées. Les Closh et Kebra entre autres ont profité de cette mouvance à l’époque bénie de « Métal Hurlant », mais seul Lucien a réussi à durer jusqu’à devenir aujourd’hui un de ces héros incontournables de la BD franco-belge, aux côtés d’illustres pairs tels que Astérix, Spirou ou Gaston Lagaffe.

Lucien fait sa première apparition en 1979 dans le numéro 39 bis de Métal Hurlant spécialement consacré au Rock. Ce premier récit de « Ricky banlieue et ses Riverains » contient déjà tous les ingrédients qui feront le succès de la série. Des personnages aux tronches bien rock’n roll, expressives à souhait. Un rythme de narration fluide, des gags efficaces.
Un sens du détail, dans les décors ou les objets qui enrichit chaque dessin sans pour autant le surcharger et procure un plaisir toujours égal au gré des multiples relectures
Ce souci du détail est l’une des caractéristiques du style de Margerin qui excelle notamment dans les scènes de foule, ce qui n’est pas sans rappeler un des plus grands noms de la caricature et du dessin humoristique en France, Albert Dubout, que Margerin, qui se voyait au départ plutôt destiné à l’illustration, cite volontiers comme une influence.
Prépubliées dans Métal Hurlant, les aventures de Lucien ont d’abord alterné avec d’autres récits de Frank Margerin, regroupés ensuite en albums édités par les Humanoïdes Associés au début des années 1980. A partir de Radio Lucien, ce dernier prête son nom à la série dont il sera désormais officiellement le personnage central. Une dizaine d’albums signés de Frank Margerin comportant entre autres des aventures de Lucien et sa bande sont ainsi parus aux Humanoïdes Associés avant que la série ne soit reprise aux éditions Fluide Glacial qui ont recréé une collection cette fois uniquement consacrée à Lucien.
Avec le temps, ce dernier a pris un peu d’épaisseur (dans tous les sens du terme), puisque depuis Lucien se met au vert, la version brochée des premiers albums a cédé la place à la traditionnelle version cartonnée, adoptée par la plupart des éditeurs de BD à cette époque.
Au risque de verser dans le passéisme, il faut reconnaître que les albums brochés ont gardé ce côté vintage, bien plus en accord avec l’esprit d’une BD rock’n roll. Lucien n’était au départ qu’un personnage secondaire, au sein du groupe formé avec ses copains « Ricky banlieue et ses Riverains ». Mais progressivement, son charisme tout autant capillaire que comique allait le faire passer au premier plan, à l’insu de son créateur, comme ce dernier le reconnaît lui-même.
En effet, le gars Lucien est l’archétype de l’anti-héros, gaffeur, maladroit, poissard mais irrésistiblement sympathique. Les situations, pour la plupart inspirées d’anecdotes authentiques et mises en valeur par des dialogues réalistes et percutants suscitent l’adhésion immédiate du lecteur.
A travers Lucien, c’est le côté loser magnifique des rockers qui s’exprime et leur offre une belle revanche. Et peu importe que le rocker, né en pleine explosion Punk et New Wave, soit et reste aujourd’hui un fan inconditionnel des vielles idoles du rock’n roll, Elvis, Gene Vincent… et de leurs avatars franchouillards (Johnny, Eddie et consorts) car sa dimension comique est universelle et unit toutes les chapelles du Rock.
L’interview de Frank Margerin, c’est par ici

