Rock et BD, Hey Ho, Let’s Go !

Mis en avant

Bienvenue sur le site qui recense toutes les liaisons légitimes, dangereuses ou secrètes qui unissent le Rock et la Bande Dessinée. Vous y trouverez une bibliographie mise à jour régulièrement, des critiques d’albums, de beaux dessins, des interviews… et des coups de cœur. Un immense merci aux auteurs qui ont créé toutes ces œuvres autour du Rock. Sans eux, la vie serait un peu plus moche et accessoirement ce site n’existerait pas. C’est tout naturellement qu’il leur est dédié, avec une pensée spéciale pour ceux qui contribuent à l’enrichir par leurs mots ou leurs dessins.

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La famille Carter

Dessins : David Lasky – Textes : Frank M. Young

Il paraît que Steven Tyler, le chanteur lippu d’Aerosmith, va enregistrer un album solo… de Country. Difficile d’imaginer la Rock Star chevelue entonner des vieux standards de Hillbilly ou de Blue Grass, entouré de musiciens de sessions à la barbe foisonnante et à la chemise à carreaux tendue par un bide proéminent. Sauf qu’avec le Blues, la Country est un des aïeuls du Rock, pour faire simple, car la famille est nombreuse et la généalogie complexe. Tout comme la famille Carter dont j’avoue n’avoir jamais entendu parler avant que ne me tombe dans les mains ce salutaire opus de près de 200 pages qui narre l’histoire de cette famille populaire (dans les deux sens du terme) de l’Amérique profonde.
Famille Carter 1Mon ignorance crasse était tout juste tempérée par un prénom, June, une fille de la deuxième génération de cette famille prolifique en talents. June Carter… Johnny Cash, la connexion était faite dans ma petite cervelle. Mais c’est surtout d’Alvin Pleasant (A.P. pour les intimes), sa femme Sarah et sa cousine Maybelle dont il est question dans ce biopic qui tient en fait plus du roman graphique. Car la saga de cette famille n’a rien à envier à celle des illustres rejetons qui seront ensuite engendrés dans la longue lignée du Rock. Mais ici, il n’est pas question d’overdoses, de chambres d’hôtel défoncées ou de méga-concerts dans des stades pleins à craquer. Juste une famille d’américains très modestes dans un comté paumé de Virginie, au début du 20è siècle. Leurs conditions de vie sont précaires et dans ce contexte, la musique est un loisir qui devient carrément un luxe quand il faut d’abord songer à remplir les assiettes. Sans compter que faire de la musique n’est pas alors une activité très recommandable, certaines bonnes âmes affirmant ainsi que le violon est un instrument du Diable.
Et pourtant, c’est la musique qu’A.P. qui lui permet de rencontrer l’élue de son cœur, en l’entendant chanter une vieille rengaine, puis qui le pousse à battre la campagne pour glaner de vieux morceaux traditionnels et les retranscrire pour leur donner une seconde vie. De vieux airs contant des histoires simples des gens de la campagne qui se transmettaient jusque là de bouche à oreille, sans livret ni partition. En dépit des préoccupations alimentaires forts légitimes de son épouse, il la convainc ainsi que sa cousine d’aller à la ville graver sur sillon ces chansons qu’ils interprètent pour passer le temps. Pas de tables de mixage et d’ingénieurs du son. Les prises se font en live derrière un micro et les disques tournent en 78 tours.
La notoriété de la famille Carter va tranquillement se développer et lui ouvrir les portes d’un succès plus tard amplifié par des piges quotidiennes à la radio. Ça ne leur permettra pas de s’offrir une vie de pacha dans des villas avec piscine et gardes du corps mais juste de quoi s’assurer une existence décente, à l’abri du besoin, avec un pécule à transmettre à leurs enfants.
Famille Carter 2Cette histoire aurait pu s’avérer bien fade, avec son lot de bons sentiments mais Frank M. Young a su restituer toute l’étonnante modernité du destin de cette famille dont les origines rurales et les valeurs traditionnelles ne les ont pas empêché de garder l’esprit ouvert et d’être novateurs pour leur époque, qu’ils s’agisse de musique ou de relations amoureuses. Au fur et à mesure que les pages se tournent, l’empathie pour cette famille de musiciens au talent inversement proportionnel à la prétention ne fait que croître. Outre une narration et un récit dense, riche en évènements et anecdotes et qui prend le temps de camper personnages et décors, la fluidité et le style sans esbroufe du dessin de David Lasky collent impeccablement à l’évocation de cette époque et de cette musique intemporelle qu’on s’empressera d’aller écouter sur Internet pour voir de quoi il retourne. Avec la confirmation que dans ces rythmiques de guitare et ces mélodies de chant se trouvent certaines des racines essentielles de ce machin protéiforme qu’on appelle aujourd’hui le Rock.

La Main Heureuse

Dessins et textes : Frantz DUCHAZEAU

Il y a les Limousines Blanches longues comme un morceau de Rock progressif et puis il y a les Dodoches vertes. Il y a la Route 66 et la départementale 124. Il y a le Madison Square Garden et la MJC de Saint Villenbourg. Il y a… les plus perspicaces auront deviné, on va causer de Rock français. Non, restez, vraiment, ça vaut le coup. Car ici aussi, il y eut un véritable âge d’or, pendant la pire décennie de l’histoire du Rock, les années 1980, dix années sacrément gratinées où en plus la variétoche était en plein chant du cygne. Main Heureuse 1Non, les d’jeunes, on va pas faire dans la nostalgie béate mais sachez qu’en ce temps là, les groupes de Rock bien de chez nous germaient dans tous les patelins desservis par EDF et qu’enfin certains d’entre eux soutenaient enfin la comparaison avec les ténors anglo-saxons, du moins sur scène. J’en ai déjà causé dans la chronique consacrée à la BD sur Luwig Von 88, donc trêve de radotages. De toute cette scène « alternative », un groupe se détachait. Pas forcément le meilleur, mais il avait ce truc en plus, qui grâce au bouche à oreille, n’a cessé d’enfler et au final lui a procuré un succès et une reconnaissance dans les médias « grand public », que ses pairs n’ont jamais atteint. La Mano Negra déchirait en concert et, rien qu’avec ça, a joué un rôle important dans l’émancipation du Rock en France, surfant sur la vague d’un Rock indépendant qui a fini par engloutir tous ses protagonistes. Ses prestations live étaient si intenses que l’écoute des disques après les avoir vus en action pouvait paraître bien fade, à l’instar d’un Shaka Ponk aujourd’hui.
Frantz Duchazeau a pris l’option d’évoquer ces heures glorieuses par le meilleur angle qui soit, celui du public. Deux ados fans de Punk coincés dans leur cambrousse charentaise apprennent que leur groupe va passer à Bordeaux, pas loin de chez eux. Enfin… pas loin, à 100 bornes. C’est en se matant pour la énième fois sur une cassette VHS un concert de leurs idoles que ces deux branleurs décident d’entamer leur odyssée vers le Graal. Avec pour seul moyen de locomotion une vieille motobécane à la chaîne défaillante, à peine moins compliqué que d’aller sur la planète Mars. Mais nos héros sont jeunes, ils n’ont peur de rien et la promesse est si belle…Leur route sera semée d’embûches et de galères et débouchera sur un épilogue aussi elliptique (Aïe ?) qu’astucieux (Ouf !), une fois n’est pas coutume.
Cette histoire, nous sommes si nombreux à l’avoir vécue avec des variantes et des fortunes diverses. Duchazeau en offreMain Heureuse 2 une version road-movie tout à fait convaincante. Avec un noir et blanc dense et sobre, ses dessins nous transportent en 1989, au temps de Best et des Enfants du Rock, à travers une chronique qui évoque ce temps béni de l’adolescence, aussi magnifiquement stupide qu’enthousiaste quand l’écoute d’un disque ou le visionnage d’une vidéo suscitent la transe et la séance d’Air Guitar devant sa platine. L’identité de la Mano Negra, mix improbable et foutraque de ferveur latine, de gouaille franchouillarde, de cirque et d’esprit Rock’n Roll est parfaitement restituée. Le récit ménage également quelques petites plages d’introspection onirique où l’un des héros, apprenti dessinateur de BD (ben voyons…), se perd dans les chimères suscitées par la rencontre entre l’imagerie de la Mano Negra (pin-up gitane et gorille débonnaire) et ses angoisses et fantasmes d’adolescent encore marqué par le divorce parental.
Une épopée juvénile délicieusement intemporelle autant qu’un bel hommage à ce qui fait le sel de la passion pour le Rock… quels que soient l’époque et l’âge de l’auditeur.

The Four Roses

Dessins : Jano – Textes : Baru

Certains Rockers ont un style est unique. Un timbre de voix, un son de guitare qui les distinguent à ce point de leurs pairs que même après une longue absence, leur irruption entre nos deux esgourdes, nous procure le même plaisir que lors de nos premières écoutes adolescentes. En BD, également, la patte inimitable de certains dessinateurs se repère de loin et les démarque immédiatement au milieu des rayons de librairies débordant de nouveautés éphémères. Jano fait partie de cette noble caste. Découvrir un nouvel opus du père de Kebra fait partie des plaisirs de la vie qui vous égaient une journée et au delà. Et quand en plus, l’opus en question s’avère avoir été scénarisé par Baru, l’excitation pointe un museau aussi proéminent que la truffe des personnages animaliers qui sont la marque de fabrique de Jano.
 2The Four Roses (rien que le titre en forme de clin-d’oeil nous promet déjà un récit bien rock’n roll), recèle une intrigue qui envoie le lecteur de la Meuse aux States comme une lettre à la Poste et qui à l’instar de ses protagonistes offre le prétexte à de réjouissantes retrouvailles avec les sources de la BD Rock. Comme au bon vieux temps de Métal Hurlant et des albums souples aux couvertures flashy des Humanos. Sauf qu’ici l’objet a un peu plus de gueule, comme toute la production Futuropolis, soit dit en passant.
Dès les premières cases, (précision : celles de Jano, pas celles de l’avant-propos de Baru qui nous balance du Michel Sardou en faisant au passage une salutaire mise au point historique) le ton est donné : On est dans le vintage et dans le roots, le Rock’n Roll sans fioritures, the Real Thing, Man ! en découvrant, cette bête de scène (un renard, dixit Jano), seul sur les planches, s’escrimant sur sa Télécaster 1967 et sa grosse caisse, la bouche tordue par un rictus de jubilation et de concentration extrêmes. Comme à un début de concert, on sait que cette BD va le faire et qu’on va passer un bon moment.
L’histoire est courte et efficace comme un standard de Rockabilly. Un Rocker atypique, homme orchestre sans concessions, nommé King Automatic, écume la France profonde (et même la Pologne !) pour faire vivre ce bon vieux Rock’n Roll. En faisant le tri avec son frangin dans les vieilleries d’une tante récemment décédée, la découverte d’un Teppaz, d’un 45 tours de Rockabilly et d’une lettre le met sur la trace d’une Grand-Mère expatriée aux States. L’occasion est trop belle d’aller sur place faire une petite recherche généalogique. De là, les événements vont se précipiter, entre des flics un poil chelous, une Tata rockeuse et des p’tits voleurs à peine sortis du bac à sable. Baru est toujours aussi à l’aise dans la chronique sociale qui donne à ce scénario cette authenticité exempte de tout bavardage démonstratif. Sa narration sobre et aérée colle parfaitement au trait de Jano en lui permettant d’exprimer son talent pour les décors hauts en couleurs, tout aussi dépaysants qu’immersifs. Four RosesQu’il s’agisse d’un troquet de banlieue cradingue, d’une rue de Louisiane ou d’une salle des fêtes des Swinging Fifties des bases militaires franchouillardes où les Amerloques instillaient leur délicieux venin de décibels dans la caboche et les jambes des Frenchies, on y est. Et puis, c’est un pur plaisir de retrouver les tronches Rock’n Roll, avec ces regards perçants comme un cran d’arrêt, que seul Jano est capable de rendre aussi expressives. On sent qu’il s’est offert une cure de jouvence au travers de ces 74 planches, une première pour lui.
Cerise sur le Cheese-Cake, King Automatic et Johnny Jano (non, non, rien à voir mais le clin-d’œil est savoureux) dont la musique constitue le fil rouge du récit, ne sont pas des musiciens fictifs, comme en témoigne le 45 tours qui accompagne le livre. Du bien bel hommage et de la belle ouvrage. Jano is back, qu’on se le dise et vivement la suite !

Fugazi Music Club

Dessins et textes : Marcin PODOLEC

N’ayant pas pondu de chronique sur un nouvel album de BD Rock depuis un bout de temps, c’est avec un appétit vorace que j’ai jeté mon dévolu sur Fugazi Music Club, récit hautement prometteur, à commencer par le titre. Pour aller droit au but, la déception a été à la hauteur de l’attente. J’ai pour principe de ne pas parler de bouquins qui, à mon humble avis, ne méritent pas qu’on y consacre un peu de notre précieux temps de lecteur et d’auditeur déjà saturé par la surabondance de l’offre tant livresque que musicale. Mais la faim fait sortir le loup du bois et le chroniqueur affamé que je suis s’est résigné à ronger cet os aussi alléchant que sa moelle s’est révélée peu substantifique.
Le sujet était pourtant énorme : l’histoire vraie d’une bande de jeunes polonais désœuvrés qui, le mur de Berlin à peine tombé, se lancèrent à Varsovie, en 1992, dans l’aventure d’un club de Rock et firent monter pendant près d’un an sur les planches bancales d’un ancien cinéma, la fine fleur du http://ecsmedia.pl/c/fugazi-music-club-b-iext23121823.jpgRock polonais, s’ouvrant même aux formations Punk et Métal anglo-saxonnes et organisant un marathon de 21 jours de concerts. Se profilait la perspective d’anecdotes croustillantes, de moments de galères abyssales et de magie électrique ; des torrents de sueur et de bière emportant dans leur flot la passion d’une jeunesse étrennant grâce au Rock sa liberté toute neuve… Vous avez entendu parlé de la dimension narrative de l’espace inter-iconique ? Si on veut moins se la péter, on parle d’ellipse. Ben voilà, le récit de Podolec est une ellipse qui laisse au lecteur imaginer, entre les cases, combien cette saga a dû être passionnante. Le livre est parti d’une interview du principal protagoniste. L’auteur a mis cette interview en images… et puis voilà. L’histoire a beau être enthousiasmante, sans un brin de story-telling, de tension narrative, et là il y avait de quoi faire, cela débouche sur un enchaînement linéaire d’événements souvent confus où, par exemple, l’intervention de la pseudo-mafia qui avait financé le projet devient une anecdote comme les autres. Certains moments clés sont relatés en quelques dessins isolés et phrases lapidaires.
Passons à la limite sur le scénario mais quoi, il s’agit bien de Rock. Alors, ils sont où les Zicos ? On en voit dans 5 pages… sur près de 180 au total. La représentation des lieux est minimaliste, impossible d’avoir une représentation concrète de ce Club, si ce n’est les photographies à la fin du bouquin. Quand on voit comment Derf a fait revivre The Bank
Alors quoi, une daube de plus ? Objectivement, quoi que l’on pense de sa démarche ici, Marcin Podolec a du talent et ensuite, quand on s’intéresse vraiment au Rock énervé, ce pan méconnu de son histoire mérite malgré tout qu’on le soulève, même si le décor qui se cache derrière aurait pu être bien plus exaltant.

Amazigh (et Nass El Ghiwane)

Dessins : Cédric Liano – Textes : Mohamed Arejdal

J’ai lu Amazigh au mois de janvier, après avoir arpenté le bitume de ma ville comme des  millions d’autres, juste pour être là et pour montrer que, non décidément, même si on ne se bouge pas comme d’autres pour le gueuler sur les toits, même si on ne prend pas de risques, même s’il n’est pas sûr qu’on serait prêts à mourir pour ça, n’empêche, on n’en pense pas moins. Et donc, on n’accepte pas un monde où la croyance obscurantiste de quelques-uns prendrait le pas sur une liberté fondamentale et universelle, celle d’avoir le droit de penser ce que l’on veut et surtout de l’exprimer, à condition bien sûr que l’objet de cette pensée ne retranche pas à ceux qu’elle vise ne serait-ce qu’une petite parcelle de leur humanité.
Amazigh (prononcer « Zir », idéal soit pour passer pour un mec cultivé, soit pour s’la péter, les deux étant très compatibles) raconte l’odyssée de jeunes Marocains qui justement veulent rejoindre ce monde occidental où tout semble possible et moins étroit. Mais du rêve à la réalité, le constat est rude et la route est raide. A remettre en perspective depuis les événements sanglants de ce début janvier. Une histoire vraie, magistralement narrée, efficace et réaliste comme un documentaire et prenante comme un récit d’aventures, le genre d’œuvre qui vous donne l’impression de comprendre un peu mieux le monde. Le festival Angers BD ne s’est pas trompé en lui décernant le prix Première Bulle, récompensant un premier récit de BD. Depuis, il a également récolté le prix Œcuménique au dernier festival d’Angoulême. Délicieusement ironique, quand on sait que Cédric Liano est un anticlérical prosélyte.
Bon et alors, t’es gentil, mais ici on cause de Rock, alors, quoi ? Eh bien, quand Cédric, qui est un mec charmant au sourire communicatif, m’a demandé si je voulais quelque chose de particulier pour ma dédicace, je lui ai répondu que j’avais pas encore lu le bouquin et que donc, je savais pas trop, mais que… sur le thème du Rock… éventuellement… Et donc, il a fait ça :
Nass El Ghiwan
Un dessin qui raconte à lui seul une histoire, vraie, celle d’un concert de Nass El Ghiwane, un groupe marocain que je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Allah, ayant débuté dans les années 1970. A l’époque, le roi du Maroc, Hassan II, était un despote, certes éclairé et mélomane mais despote quand même et surtout omniprésent. Sur la scène, son portrait géant était exhibé pour bien rappeler au public qui était le vrai patron à qui tous devaient ce grand moment de réjouissance musicale.
D’où cette harangue du chanteur pour remettre un poil les choses à leur vraie place. Un bel exemple de courage et un grand moment de Rock’n Roll. Il semblerait que ça ne leur aurait pas attiré trop de problèmes, Hassan II se revendiquant comme un grand fan de leur musique.
Nass El Ghiwane n’est pas à proprement parler un groupe de Rock. Ils ont cependant modernisé la musique marocaine, tout en gardant les instruments traditionnels mais en lui insufflant un rythme et des orchestrations résolument modernes, ce qui se retrouve aussi dans leurs textes. Après ça, je m’arrête, car j’arrive à la limite de mes capacités sur le sujet. Martin Scorsese a utilisé leur musique dans La dernière tentation du Christ et les a qualifiés de Rolling Stones du monde arabe. Alors donc, respect.
Quant à toi, Cédric, merci pour cette superbe dédicace, cette petite édification culturelle et pour Amazigh, bien sûr.

Bonus Track : JÜRG

A propos de Twist and Shout : 3 questions à JÜRG

Ton dessin, notamment le traitement du noir et blanc, te mène souvent vers des histoires assez sombres. Pourquoi avoir choisi l’humour pour ce premier récit Rock ?
C’est venu naturellement en fait. Déjà, j’aime faire des histoires d’humour. Autant j’aime bien le Polar et des histoires hyper sombres, autant parfois j’ai tendance à aller vers une écriture de récits noirs mais en y mettant de l’humour et des choses un peu burlesques, voire grotesques. Là, ce que je recherchais, c’était le grotesque. Par rapport à tout ce que j’avais produit avant, notamment des polars avec Jean-Bernard Pouy, plus concrets, plus sérieux, que j’aime beaucoup, là c’était la première fois, avec les Requins Marteaux, qu’on me laissait une carte blanche. Donc, j’ai essayé de faire un bouquin qui me corresponde, qui soit complètement décalé. Dans le traitement graphique, j’ai toujours été très noir parce que ça remplace la couleur. J’ai besoin de mettre du noir, le dessin pur, noir, c’est vraiment ce que j’aime. Si je garde une ligne claire, j’ai l’impression que le dessin n’est pas fini. Ça me permet de mettre une ambiance un peu sombre, même si sur ce bouquin, c’est presque de la parodie, c’est comme citer des grandes références comme « Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? » un amalgame de clichés mais avec une mise en scène soignée et réaliste, ce qui crée le décalage et qui fait que l’on rigole. Je ne suis pas à ce stade là mais dans l’esprit c’est pas plus sérieux que ça.

Le mythe d’Elvis subit un traitement de choc dans Twist and Shout. Qui aime bien châtie bien ?
Elvis by JürgTout à fait. Elvis c’est une référence, dans le sens où quand j’étais enfant, j’étais vraiment fasciné par la musique et les films d’Elvis. C’était toujours hyper coloré, avec ce côté jovial, genre tout est beau, les nanas sont superbes… Les visuels de cette époque sont fascinants, c’est un truc qui m’a carrément influencé. S’il y avait un film d‘Elvis qui passait, je pleurais auprès de ma mère, il fallait que je regarde. J’ai toujours adoré ce kitsch, ce burlesque avec ce côté série B, série Z. Et puis Elvis, c’est vraiment le charisme. Il avait ce putain de charisme même quant il était gros mais qu’il faisait un concert par jour, gavé de médicaments du début à la fin mais voilà rien à faire, pour moi, c’est vraiment l’incarnation du Charisme. J’ai fait une espèce d’hommage et c’est d’ailleurs un peu pour ça que dans le scénario j’ai changé la fin. Initialement, ça devait finir de façon horrible et puis au fur et à mesure, j’en ai parlé avec ma copine de l’époque et elle m’a dit « mais non, tu vas pas faire ça à Elvis, c’est dégueulasse ! » Et en fait, je me suis dit « Putain, mais elle a raison ! » Il y a vraiment un mythe autour de ça, on sait pas ce qu’il est devenu… J’ai eu envie que ce soit une sorte de Happy End, de truc complètement ouvert et qui finit bien. Je me suis aussi inspiré d’un film de Fritz Lang, « Chasse à l’homme », dont la première séquence montre un chasseur dans les montagnes, qui a dans son viseur Hitler, dans son chalet en Autriche et le type se dit « Si j’le bute maintenant, ça va changer le cours de l’histoire ». Il veut le faire, il met une balle dans son fusil et à ce moment là, un garde l’arrête, il est emprisonné… Je me suis vraiment inspiré de ce film là, qui n’a rien à voir sauf que ça m’a donné l’idée de prendre un personnage connu et de le mettre dans un contexte complètement burlesque. Voilà, c’est pas du Godard non plus (rires) mais mes références c’était Fritz Lang, Orson Wells, Will Eisner ou Bernet, donc des récits assez sombres même si j’y ai mis le côté humoristique. J’peux pas m’empêcher de faire le con mais avec un fond derrière qui fasse réfléchir.

Toi qui habites pas très loin de chez lui, peux-tu nous donner des nouvelles d’Elvis ? Est-il en forme, continue-t-il à composer la bouche pleine… ?
Eh bien, il se trouve que j’ai découpé un article dans la Dernière Heure, qui est un journal belge, c’était un article sur les Gracelanders qui font des reprises d’Elvis, sans Elvis, comme par hasard, à Charleroi. Donc, je suis sûr et certain que j’ai raison dans ce que j’ai écrit. Je peux semer le doute dans les esprits… Et je salue Charleroi en passant. Merci, je vous fais des bisous !

Bonus Track : Søren MOSDAL

A propos de Rockworld : 3 questions à Søren MOSDAL

Quelle est la part autobiographique dans les situations et les personnages de Rockworld ?
Les deux personnages principaux sont inspirés de trois personnes différentes. Charley, le type avec les lunettes c’est en fait Jacob Ørsted, le scénariste mais ce n’est pas seulement lui, c’est aussi deux autres types qu’on a incorporés, deux amis, mais je ne suis pas sûr qu’on leur ait encore dit, je ne crois pas qu’il le savent… Mickey, c’est un peu moi y compris pour l’addiction à la bière, j’en ai bien peur (rires) et aussi deux autres amis.Mosdal
Les histoires sont inspirées de toutes sortes de trucs, au départ on essaie toujours de partir sur quelque chose de réel mais après on fait ce qu’on veut.

La Scandinavie est surtout connue pour sa scène Métal. Est-ce le cas au Danemark et quelle est la place de l’Indie Rock dans ton pays ?
Le Métal et le Black Métal, c’est surtout en Norvège. C’est dommage qu’on n’ait pas de groupes de Black Métal vraiment bons au Danemark. Par contre, il y a des groupes d’Indie Rock qui ont vraiment explosé sur la scène internationale, c’est un truc assez nouveau depuis deux ou trois ans, maintenant tout le monde en parle, comme Iceage, ce sont encore des teenagers, et autour d’eux il y a d’autres groupes… C’est vraiment excitant aujourd’hui alors qu’il y a dix ans, il n’y avait pas grand chose.

Tu as un dessin original et très personnel. Quels sont les auteurs qui ont pu t’influencer dans ton travail ?
Merci ! Il y en a beaucoup mais je pense qu’au début quand j’ai commencé à vouloir faire des bandes dessinées, j’ai vraiment regardé Muñoz qui est l’un de mes grands modèles et puis après il y a eu le peintre Egon Schiele. Mais j’ai trop essayé de faire comme eux et ça reste toujours un problème de ne pas les imiter. Mais je crois que je commence à avoir mon propre style. En ce moment, je suis un grand amateur des Pulp italiens, les Fumetti, ces trucs qu’on achète dans les gares avant de prendre le train. Je ne peux pas dire que ça m’inspire mais c’est ce que j’aime lire. J’ai découvert Magnus, qui est mort aujourd’hui, avec Necron qui est pour moi un chef-d’oeuvre.

Serge Clerc – Intégrale Rock

Dessins et textes : Serge CLERC

En France, et même ailleurs dans le monde, rares sont les auteurs de bande dessinée dont l’œuvre fait immanquablement et quasi exclusivement penser au Rock, tant ce dernier a inspiré à ce point leur travail qu’il en est devenu la marque de fabrique. A la réflexion, il n’y en a pas plus que les doigts d’une main, comme aurait dit un célèbre héros de BD Homo Sapiens Sapiens blondinet dont le look n’aurait pas déparé comme front man d’un combo de Hair Metal des années 1980. Et encore, ce serait une main de yakuza qui aurait fait de sérieuses et récurrentes entorses à son code de l’honneur.
En fait, je n’en vois que deux. Mister Frank Margerin, dont on ne présente plus le Lucien et sa banane gominée la plus célèbre du Neuvième Art. Et puis il y a Serge Clerc. Ah là, tout de suite, y’en a qui font plus les malins, surtout chez les moins de trente ans. Il faut dire que le Sieur n’a pas connu le même succès populaire que son illustre pair. Cramps - ClercEt pourtant, hormis le fait que son talent l’eut sans doute mérité, Serge Clerc est l’un de ces piliers (oui, de comptoir aussi, lors de sa prime jeunesse, comme il l’avoue lui-même) qui ont fait rentrer la BD dans le monde du Rock, et réciproquement, à la glorieuse époque du magazine Métal Hurlant. Avec le déjà nommé Margerin et en compagnie, entre autres, des deux tandems Tramber/Jano, géniteurs de Kebra et Dodo/Ben Radis, heureux parents des Closh, Serge Clerc a mis du Rock dans les bulles, contribuant à faire de la BD un média aussi pour les adultes, mêmes attardés. Sauf qu’il a été le premier et qu’il n’est pas impossible qu’il soit le dernier.
Il suffit pour s’en convaincre de parcourir, en picorant ou bien en se goinfrant, les pages de cette Intégrale Rock. Juste un petite précision liminaire, le terme Intégrale est un poil fallacieux car tout ce que Serge Clerc a publié sur le thème n’est pas présent ici. Manquent notamment les récits composant l’album La Légende du Rock’n Roll. Mais la recherche de l’exhaustivité aurait fait basculer l’exercice de la Culture vers le Culturisme, vu les dimensions et le poids de cette donc presqu’Intégrale. On y trouve l’essentiel de la production de Clerc parue dans la presse musicale, notamment Rock & Folk et le New Musical Express, ainsi que dans Métal Hurlant, jusqu’à des publications récentes, comme cette évocation des Stranglers, extraite de Rock Strips. S’y ajoute le very meilleur de ses créations pour d’obscurs groupes ou musiciens, tels que Joe Jackson ou les Fleshtones (eh ouais, quand même). Le tout parsemé de dessins inédits.
Un parcours riche et foisonnant, à jamais marqué par l’empreinte du Rock et dont la genèse bien rock’n roll est retracée dans une longue préface convoquant les souvenirs de protagonistes qui ont mis le pied à l’étrier du « dessinateur espion », comme Philippe Manœuvre ou Jean-Pierre Dionnet. Jugez plutôt : Le jeune Serge envoie ses premiers dessins à l’Echo des Savanes à l’âge de 17 ans. Son talent précoce au service d’une passion immodérée pour la chose binaire lui vaut une publication immédiate. L’essai se répète plusieurs fois, notamment dans Métal Hurlant et Rock & Folk jusqu’à ce que l’éphèbe largue lycée (avant le Bac), parents et province natale pour se lancer dans le bouillonnement de la vie parisienne, dans un studio à la taille inversement proportionnelle à sa verve créatrice. C’est la période de l’explosion Punk puis New Wave, mouvements que pour une fois les Frenchies n’auront pas mis une décennie à importer et dont Serge Clerc sera le témoin privilégié, sur ses planches et aussi devant celles des salles branchées de Paris. On peut même affirmer qu’il en sera le graphiste officiel, tant la qualité et la justesse de ses dessins furent saluées par les journalistes, le public et même par les zicos qu’il a immortalisés. Stranglers - Clerc
De 1976 à 1982, en tant que pensionnaire VIP de Rock & Folk de Métal Hurlant bien sûr, mais aussi du New Musical Express, de l’autre côté de la Manche (à une époque où mettre « Rock » et « Français » dans la même phrase était un non-sens pour les Anglo-saxons), Serge Clerc croquera intensément dans les magazines toute la fine fleur de ce nouveau Rock : Groupes et fans dont il mettra en scène les mythes, les tendances et les codes, vestimentaires entre autres. Il sortira également quelques albums qui sont devenus des références de la BD Rock. Son style, au départ marqué par l’empreinte de Moebius, évoluera radicalement au contact d’Yves Chaland qui le mènera définitivement vers la ligne… claire (non, finalement celui-là, je vous le laisse).

Alors voilà, il ne reste plus qu’à vous installer confortablement dans votre canapé, sans oublier de retrousser vos manches (enfin un livre qui muscle autant les bras que le cerveau, surtout si on n’assume pas sa presbytie), mettre sur la platine le premier album des Clash, des Stranglers, des Cramps, de Blondie, des Sex Pistols, des Ramones… il sont tous là, puis mettre en route cette machine à remonter le temps en images, quand le Rock était encore révolutionnaire, rebelle, transgressif et qu’en écouter était un acte aussi militant qu’épicurien. Qui m’a traité de vieux con ? Y’a des coups de Docs size 10 dans le fondement qui se perdent !

L’interview de Serge Clerc, c’est ici

Rockworld

Dessins : Søren Mosdal – Textes : Jacob Ørsted

C’est cool d’écouter du Rock. Ça permet de rester branché, éternellement jeune et tout en rigolant à la lecture dans Télérama (j’assume mon côté obscure) d’une énième interview hagiographique du pseudo patron belge du Rock francophone détaxé, d’avoir la confirmation que l’on appartient définitivement à une élite. Et quand en plus, on a la modeste prétention de tenir un blog sur le sujet, on se lance avec conviction et empathie dans la lecture des péripéties de ces trois cousins danois dont le héros central s’escrime lui aussi sur la toile pour promouvoir le binaire primaire. Au bout de quelques pages, on commence à se raviser sur la pureté et la noblesse de nos intentions. Non, sérieusement, est-ce que par hasard je ressemblerais pas un petit peu à ces trois foireux ?
Rockworld 2Faut dire que ces Pieds-Nickelés scandinazes (allez, celle-là, elle est pour moi, non, vraiment, ça me fait plaisir) forment une belle brochette de fans attardés, entre Charley, l’intello blogueur binoclard à la libido torturée, Mickey, le nabot alcoolique et parasite et Bob, rocker à bananes, adipeux et bas du front.
Charley, quadra célibataire, traîne dans les clubs Rock underground de Copenhague, à la recherche de la perle rare, musicalement et affectivement mais dans les deux domaines, ses démarches s’avèrent assez laborieuses. Sa dégaine de dandy intello le distingue pourtant du lot mais sa timidité et sa naïveté s’avèrent à peine moins handicapantes que la présence encombrante et fortement alcoolisée de ses deux comparses, notamment Mickey, toujours en quête d’un bon plan foireux.
Cette plongée potache dans le milieu de l’Indie Rock danois est prétexte à des situations drolatiques et parfois surréalistes, mettant en scène des personnages déjantés, une faune comme seul le Rock peut en produire. On n’est pas très loin de l’esprit d’un Peter Bagge, dans En route vers Seattle. Le trait acéré de Mosdal brosse des trognes bien freaks, (telle la tronche de mante religieuse de Charley, très réussie) qui servent parfaitement le récit et l’ambiance particulière de ce milieu Rock branché, ici caricaturé avec pas mal de dérision, grâce aux frasques de Mickey et Bob, lourdingues et ingérables.
Rockworld compile des récits parus dans le fanzine Turkey Comix et qui méritaient bien d’être édités dans ce livre à l’aspect sobre et raffiné, comme l’humour qu’il recèle.
Même si cet opus venu du froid sera sans doute plus goûté par un public averti, familier des subtilités du Rock underground, avec ses codes et ses clichés (auxquels il est fait abondamment référence), il pourra tout de même être apprécié en tant que tel pour ce qu’il est avant tout, une BD d’humour offrant une note rafraîchissante et un ton décalé. (Mine de rien, je commence à maîtriser le dialecte Télérama !)

Bonus Track : 3 questions à Søren Mosdal

Love in Vain

Dessins : Mezzo – Textes : Jean-Michel Dupont

Nous les guitaristes amateurs, on en a tous rêvé. Se réveiller un matin, nous gratter les couilles (c’est une chronique masculine mais les dames peuvent transposer) en envoyant un pet guttural comme le cri d’un troll affamé puis empoigner notre manche… de guitare. Et constater qu’à la place de ces sons stridents et dissonants qui la veille encore suscitaient chez notre entourage, au mieux des regards compatissants, au pire des insultes homicides, nos doigts produisent désormais une musique parfaite, fluide et mélodique. Nos phalanges se baladent adroitement sur le manche, comme animées d’une vie propre, plaquant des accords précis et puissants puis déroulant à une vitesse supersonique des soli incandescents. La nuit a fait de nous des guitare héros, prêts à faire se pâmer d’extase des foules extatiques. Pour cela nous serions disposés à tous les compromis, tous les sacrifices. Nous irions même jusqu’à vendre notre âme au diable.
Love in Vain 1 Ce pacte ultime, Robert Johnson ne l’a pas réellement signé mais il l’a fait croire jusqu’à cette mort dans des conditions intrigantes. Une nuit à dormir à la belle étoile au carrefour de deux routes, un « Crossroads » au fin fond du Mississippi. Et le Diable vient alors proposer son deal maléfique. Sans cette fable, Johnson n’aurait juste été qu’un bon musicien de plus, ayant travaillé dur son instrument pour en arriver là. Respectable mais beaucoup trop banal, pour se distinguer de la concurrence. C’est ainsi qu’est née la première légende de ce qui allait devenir plus tard le Rock’n Roll. Robert Johnson en a été la première star, au début des années 1930, parmi ces pionniers qui, à l’instar de Howlin’ Wolf, Muddy Waters ou John Lee Hooker engendreront une lignée de guitaristes, Clapton, Hendrix, Richards, pour lesquels il sera l’une des références incontournables. Sa vie sera courte, il mourra à l’âge de vingt-sept ans (du moins si l’on tient pour acquis sa date de naissance), devenant le premier membre d’un club tristement célèbre où le rejoindront plus tard Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin ou Kurt Cobain.
Pour retracer une vie aussi dense que brève et mettre en images l’un des mythes les plus sombres du Rock, il fallait bien le talent d’un maître du noir et blanc. Mezzo et Dupont ont rempli cette périlleuse mission en ressuscitant un Robert Johnson parfaitement crédible. La tâche n’était pas aisée car il n’existe en tout et pour tout que trois photographies du jeune damné. Suffisant pour concevoir une charte graphique dont ressortent deux traits marquants, un sourire et un regard tout aussi diaboliques que fascinants qui en leur temps ont sans doute apporté du crédit à la fable de ce pacte faustien dont Johnson a su tiré profit pour peaufiner son image de marque.
Love in Vain (titre de l’un des standards de Johnson qui sera plus tard magnifié et popularisé par les Rolling Stones) est un biopic musical parmi les plus réussis de la BD. On pourrait juste regretter une narration un poil linéaire et parfois un peu didactique, certes révélatrice d’un gros travail de recherche et de documentation. La présence à la fin du livre d’un recueil des textes des morceaux les plus célèbres de Johnson est d’ailleurs à saluer.
Reste que les dessins superbes de Mezzo composent une fresque puissamment évocatrice de ce
tte période farouche de l’histoire du Blues et au delà de l’histoire des États-Unis lors de la grande dépression. A travers les étapes de la vie de ce jeune prodige, rêvant de sortir de sa misérable condition grâce à la musique, on comprend mieux l’impact de cette dernière sur la vie des gens à l’époque et à quel point le qualificatif de populaire, au sens noble du termeLove in Vain 2, sied à merveille au Blues comme ce sera plus tard le cas du Rock (on serait moins affirmatif aujourd’hui). Le Blues apportait un peu de noir flamboyant au milieu de la grisaille de ces existences mornes et sans perspective. C’était une musique sulfureuse, bourrée d’allusions sexuelles, qui se jouait la nuit dans des bouges crasseux. Ses héros sont pour la plupart morts dans l’oubli, sinon la misère, parfois dans des conditions tragiques, comme Robert Johnson. Peut-être que ces suppôts de Satan aux chansons inspirées par le démon, comme le proclamaient des pasteurs vindicatifs, garants de cette morale chrétienne ciment de l’Amérique profonde, n’ont eu que ce qu’ils méritent. A savoir une petite part de gloire et d’éternité qui se prolonge encore aujourd’hui grâce à leurs héritiers, qu’ils jouent dans des stades ou dans des clubs miteux. L’essentiel est de prolonger le pacte et de garder le mystère intact.

Hard Melody

Dessins et textes: LU MING

Quand on parle de Rock, les références qui viennent tout de suite à l’esprit nous entraînent invariablement de l’autre côte de la Manche ou de l’Atlantique, avec éventuellement un petit détour vers l’Allemagne et pour les moins frileux vers la Scandinavie. Et la France, alors ? Quoi, je viens à peine de commencer et vous voulez déjà qu’on se fâche ? Allez, on se calme… et si je vous disais… la Chine ? Eh ouais, parfaitement ! Vous avez dû remarquer que la Chine s’était éveillée depuis un bout de temps, c’est marqué sur les étiquettes de nos fringues et les boîtiers de nos appareils high-tech. On aurait tendance à oublier que les Chinois ne se résument pas à un peuple de fonctionnaires corrompus et d’ouvriers exploités dans des usines depuis leur tendre enfance jusqu’à leur mort. L’importation du « modèle occidental » n’a certes pas que des bons côtés mais il comprend évidemment le Rock et à lire ce Hard Melody, on se doute que les autorités très ouvertes d’esprit de l’Empire du Milieu s’en seraient bien passé.
Lu Ming avait déjà montré dans Mélodie d’Enfer, récit paru en 2005-2006, sa prédilection pour le Rock gras et saturé. Un groupe de Heavy-Metal glandouillant au Purgatoire revenait de l’au-delà, à la recherche du Guitar Hero qui donnerait vie pour l’éternité à leurs aspirations électriques. Même si cette histoire fantastique, originale et séduisante, perdait peu à peu de son intensité jusqu’à un final philosophico-mystique pas vraiment convaincant, l’auteur y faisait déjà l’étalage d’une remarquable maîtrise graphique, dans une veine Comics dynamique et expressive. On en trouvera d’ailleurs un bel exemple sur la couverture du livre Le Rock dans la Bande Dessinée… d’un certain Bruno Rival.
Lu Ming revient ici à sa passion pour les décibels dans une veine beaucoup plus réaliste tant dans le dessin que dans le scénario.
« Au fond du ciel bleu » est un power trio qui unit trois potes pour qui le Rock est autant un exutoire qu’un moyen d’expression critique. On les découvre dans un festival devant un public bien fourni et l’on devine l’amorce d’une carrière prometteuse. Dix ans plus tard, retour à la réalité. Zhang, le guitariste chanteur, frimeur et flambeur a réussi dans le commerce, Dadong, le bassiste taciturne, vivote dans l’immobilier et peine à boucler les fins de mois. Heizi, le batteur dont le naturel agressif lui a attiré bien des déboires et l’a conduit vers l’armée pour échapper à la tôle a fini toutefois par trouver une forme de sérénité. Les trois amis se retrouvent un soir dans un troquet de Pékin et décident, après avoir fait le bilan, de remonter le groupe pour retrouver la flamme et un peu de l’esprit libertaire qui les animait naguère. Sauf que Dadong s’est mis dans une situation inextricable que bien des Chinois connaissent en accédant à la « petite propriété ». La solidarité du groupe va trouver un autre terrain d’expression que celui de leur musique.
Certes, l’intrigue pourrait tenir sur un tweet (désolé pour les timbres-poste et les tickets de métro, faut métaphoriser avec son temps) et avec un Story-Telling plus classique, l’intrigue aurait été sans doute plus dense. Mais cela aurait peut-être aussi atténué le propos de l’auteur. Grâce à un découpage aéré où trouvent place de superbes illustrations pleine page, Lu Ming va à l’eHard Melody001ssentiel et illustre avec des images puissantes et parfois épiques un idéal Rock qu’il vit au quotidien en tant que musicien et auteur de BD vivant en Chine et qui éclate dans la précision et la justesse des attitudes de ses héros. Cette fureur de vivre à la sauce aigre-douce s’avère hélas peu compatible avec la Chine « moderne » dont il donne une vision radicale. Hard Melody brosse à grands traits le portrait réaliste d’une société violente qui passe autant par l’oppression économique que politique pour écraser les individus et entraver les aspirations des artistes de tous poils qui veulent exister derrière la Grande Muraille.
Les Chinois s’occidentalisent. Pas sûr que ce soit une bonne nouvelle mais s’agissant du Rock (et de la BD), on ne peut que s’en réjouir.

Quand le rock a rendez-vous avec la BD

Au début de l’été, j’ai été interviewé (entre autres) par un journaliste de RFI qui avait découvert le site et mon livre. Encore une occasion de parler de BD et de Rock, avec une incursion vers cette nouvelle forme originale et assez récente de passerelle entre les deux disciplines, le concert BD.

L’article paru sur RFI.FR en août 2014 : Quand le rock a rendez-vous avec la BD

Bonus Track : JP AHONEN

A propos de Perkeros : 3 questions à JP AHONEN

Perkeros est le premier roman graphique abordant le Métal. Quelles ont été les étapes de la conception d’un récit aussi long et dense ?
Le récit est bien sûr né de la confrontation de nos centres d’intérêt respectifs. KP (NDR : Alare, le scénariste) et moi partageons les mêmes goûts musicaux et composons et jouons ensemble depuis longtemps. Alors que nous commencions nos études universitaires, nous nous sommes tous les deux rendus compte que nous n’avions plus assez de temps pour faire de la musique ou jouer dans un groupe. Je pense que cela nous manquait tellement que nous avons voulu transposer ça en BD.
Réaliser un roman graphique était un rêve d’enfant, quelque chose que je voulais faire depuis que j’ai 13 ans environ. C’est fou de penser que ça m’a pris 20 ans pour avoir le temps et l’opportunité de le faire mais je crois que tous les autres projets que j’ai menés dans l’intervalle étaient nécessaires. J’ai constaté que mon expérience acquise en faisant des strips dans les journaux du dimanche, des BD satiriques sur des thèmes contemporains ou des travaux de commande ont été bien utiles au moment de concevoir le récit et l’artwork du livre.
Pour aboutir à l’œuvre actuelle de Perkeros, ça a pris un certain temps. Nous avons en fait commencé à broder autour de l’idée de base en 2006, bien qu’à l’époque nous n’étions pas encore sûrs de ce que nous ferions avec le groupe. Au fil du temps, l’idée est arrivée à maturité et nous avons commencé à comprendre ce que devait être notre projet. Etant tous les deux fans de Rock progressif et de Métal, nous avons conçu Perkeros comme un concept album progressif : En incluant des styles variés (et parfois surprenants) et des éléments qui pourraient s’emboîter. Nous avons déniché beaucoup de documentation de fond allant des neurosciences à l’archéoacoustique et avons mêlé ça avec des faits réels, de la fiction, des fables et des légendes urbaines. Tout ça donne un assemblage amusant et j’encourage les lecteurs à prendre un peu de temps pour approfondir le livre et faire eux-mêmes un peu de recherche.
Perkeros 3Je crois que nous avons fini le scénario en 2010 avec KP mais j’avais besoin de me coltiner encore deux ans de travaux de commande pour dégager suffisamment de marge financière pour me consacrer à notre projet. La réalisation (découpage, encrage, mise en couleurs, édition) a pris environ un an et demi.

L’une des originalités de l’histoire réside dans les personnages. Pourquoi avoir choisi un ours comme batteur ou un (très) vieux beatnick comme bassiste ?
Ha ha ! Eh bien… Le casting initial était un peu plus ordinaire, mais les personnages se sont développés au fil de l’histoire. En définitive, il fallait que ça serve l’histoire et nous aurions aussi changé le genre musical si nous avions pensé qu’un autre aurait mieux collé.
Les personnages forment un panel étrange mais ils servent leur sujet. L’ours est là pour avertir le lecteur dès le début que le récit pourrait aller dans des directions peu orthodoxes. De plus, ils ont aussi une valeur symbolique. Si tu regardes des batteurs comme Neil Peart ou Danny Carey (NDR : batteurs virtuoses officiant respectivement au sein de Rush et de Tool), il est assez évident qu’ils ne sont pas humains. Ils ne peuvent pas l’être.
Pour le fun et pour mieux saisir l’intrigue, j’encourage le public à quelques lectures à propos de la glande pinéale et la mystique derrière ça. Cela sous-tend beaucoup de notions, comme l’hallucination, l’hibernation ou la télépathie. Et puis ça montre à quel point c’était un boulot de dingue de concevoir tout l’univers de Perkeros.

En utilisant des éléments fantastiques et un graphisme assez accessible, l’un des objectifs de Perkeros était-il de mieux faire comprendre le Métal au grand public ?
Oui, en partie, parce que de nombreux éléments sont là pour visualiser pourquoi les monstres etc. pouvaient être associés à la musique Métal et vice-versa. Cependant, Perkeros va au delà de ça. La musique, le Métal, le fait de composer et de faire partie d’un groupe… tout ça fait partie d’une sorte d’allégorie qui renvoie à une gamme plus large de thématiques. Nous ne voyons pas Perkeros strictement comme une BD Heavy Metal. Je connais beaucoup de fans du livre qui en fait ne s’intéressent pas au Métal. Et ça nous convient totalement.

Perkeros

Dessins : Jussi-Pekka Ahonen – Textes : KP Alare

Les gars du Nord, y font rien comme tout le monde. Je sais pas si c’est la rigueur de leur climat, les étendues glacées avec la neige à perte de vue, les forêts sombres comme l’âme d’un damné… Ça vient peut-être de leurs ascendances vikings et païennes, ce mélange de violence et de raffinement. Ça se traduit dans leur musique, particulièrement dans un style où ils sont passés maîtres, le Métal. Quand on écoute un de ces groupes de poètes, tout de cuir cloutés vêtus et maquillés comme des démons, mais des vrais qui font peur, éructer des chants gutturaux tout droit sortis des profondeurs de l’enfer sur fond de rythmique d’acier en fusion, martelée dans les forges de Thor, on se dit que ça doit pas être drôle tous les jours en Scandinavie.
Celle-ci tient la dragée haute aux Anglais et aux Américains en matière de Métal, notamment le Black, dont ses ressortissants constituent l’aristocratie du genre mais aussi dans les autres styles de cette musique à ne pas mettre entre des oreilles non averties. Et Dieu (oups, pardon, je voulais dire Satan) sait qu’il y a autant de styles de Métal que de poils sur la queue fourchue de Lucifer. Genres, sous genres avec variantes old school, néo et même bio. PPerkeros 1erso, j’ai un petit faible pour le Métal progressif. Un peu comme si Genesis jouait avec la disto à fond, une double grosse caisse, tandis que Gabriel ou Collins vociféreraient d’une voix rauque des textes sombres et dépressifs. Des groupes comme Dream Theater ou Opeth comptent parmi les meilleurs références du genre. Opeth justement, groupe suédois régulièrement cité dans cette histoire au long cours qui met en et sur scène un groupe de Métal finlandais, Perkeros.
Axel est un jeune et brillant guitariste et le compositeur du groupe. Son problème est double : D’abord une voix absolument pas à la hauteur de ses morceaux, une sorte de mélopée à base de borborygmes formant un méta-langage qu’il est le seul à comprendre. Ensuite, un trac phénoménal qui lui fait vomir tripes et boyaux avant les concerts. Mais comme tout véritable artiste, il a foi en ce qu’il fait et reste persuadé que son groupe va réussir à produire son premier album, trouver des dates de concert et finir par décoller. Ce qui n’est pas l’avis de sa compagne, jadis groupie de lycée mais qui voudrait bien qu’il fasse comme elle et rentre dans le rang en abandonnant ses rêves.
Jusque là, rien de très novateur en matière de récit Rock. Là où ça devient plus intéressant et intriguant, c’est le reste du line-up. Une claviériste, la (jolie) tête bien sur les épaules pour mettre de l’huile dans les rouages du groupe, canaliser Axel et l’extirper des affres de la création et d’un perfectionnisme qui le coupe souvent de la réalité. Un chanteur turc, tenancier de kebab. Un bassiste, sorte de vieux sage baba qui n’a pas du tout l’âge de ses artères (mais chut…) ayant bourlingué avec toutes les stars du Rock depuis les années 1960. Et enfin un batteur ours. Oui, un vrai ours, qui picole des litres de bière, tombe les gonzesses (le fantasme du fameux os pénien sans doute) et devient narcoleptique à l’approche de l’hiver. Le truc complètement saugrenu qui passe pourtant comme une lettre à la Poste.
C’est là une autre originalité de cette histoire : Réussir à mêler l’approche réaliste et quasi documentaire d’un groupe de Rock (les autePerkeros 2urs sont des zicos et ça se voit) et une trame fantastique, pourvoyeuse de son lot de monstres et autres malédictions ancestrales. Grâce à une narration bien menée qui plonge d’emblée le lecteur dans une ambiance onirique, baignée de musique, les transitions entre les deux mondes se faisant sans perturber la fluidité du récit, ce qui n’était pas évident. Même si elle emprunte à des thèmes assez classiques, l’intrigue tient la route jusqu’au bout, grâce également à de petites pointes d’humour et des personnages attachants et bien campés.
Côté graphique, un découpage très dynamique, une mise en couleurs sobre mais particulièrement efficace, dans les tons noirs et fauve parfaitement adaptés à l’univers Métal, mettent en valeur un dessin semi-réaliste, certes classique mais très maîtrisé, qui sert parfaitement le récit sans en réduire la portée. Une approche inspirée du Comics tendance Disney qui n’est pas sans évoquer le travail d’un Jeff Smith, le faciès énigmatique de l’Ours ayant un petit air de famille avec le mystérieux dragon de Bone.
Du bel ouvrage offrant une vision totalement crédible du monde merveilleux et enchanteur du Métal, et au delà delà d’un groupe de Rock en devenir. Le tout en illustrant dans de superbes fresques l’alchimie qui peut naître de la musique quand on s’y plonge corps et âme. Une salutaire entreprise d’édification des masses, entamée par MetaL ManiaX dans le registre comique, afin de familiariser, grâce à la BD, un large public (sans que ce soit péjoratif) aux subtilités et à l’authenticité d’un genre pratiqué par de vrais musiciens.

Bonus Track : 3 questions à JP AHONEN

One Model Nation

Dessins : Jim Rugg – Textes : Courtney Taylor Taylor

En 1977, environ, naissait le Punk anglais. Le DIY (allez, je suis sympa : Do It Yourself), l’anarchie dans la face de la Queen et le retour à un Rock pur et dur. Exit les vieilles rockstars bouffies et le progressif joué par des musicologues taciturnes, place aux révolutionnaires prolos, à crêtes et pinces à nourrice.
Oui, d’accord, mais 1977, ce n’est pas que ça. En Europe, commence à se révéler au grand public une nouvelle forme de musique qui a émergé depuis une dizaine d’années, une musique électronique, issue de machines, dont le mythique synthétiseur, à la technologie encore balbutiante mais qui permet déjà de créer des univers sonores totalement originaux. Les apôtres de cette nouvelle religion sont allemands et se nomment Tangerine Dream, Klaus Schulze et bien sûr Kraftwerk. Ils ouvriront la voie à toute une génération de musiciens électros qui encore aujourd’hui les citent en référence absolue.
One Model Nation1977, c’est aussi l’apogée outre Rhin d’un mouvement révolutionnaire d’extrême gauche qui passe de la parole aux actes et va commettre quelques attentats terroristes sanglants : La Fraction Armée Rouge, surnommée « La bande à Baader », du nom de son chef.
Courtney Taylor a porté longtemps en lui un récit qui ferait le lien entre ces deux mouvements. Bien qu’il soit leader des Dandy Wharols, dont la musique (appelons ça du Rock indé pour faire simple) n’a pas grand chose à voir avec le Krautrock, celui-ci a bercé son adolescence et constitue une influence qu’il revendique. Ainsi que l’expliquent très bien la préface et la postface du livre, il lui tenait à cœur de lui rendre hommage.
Même s’ils se produisent encore en marge des circuits officiels, Les One Model Nation sont un groupe dont la réputation commence à se répandre en Europe. Ils semblent promis à une grande carrière internationale. Le problème, c’est leur accointance avec le milieu révolutionnaire allemand. Gunnar, leur technicien, est un membre actif de la bande à Baader. En outre, Ulrike Meihnof, journaliste et elle aussi membre de la bande se trouve être la petite amie de Sebastian. Sauf que ce dernier, comme le reste du groupe, ne partage pas vraiment les idéaux de violence de ces relations encombrantes auxquels ils sont associés par les médias et la police et qui risquent de compromettre leur carrière musicale. Tous les ingrédients sont réunis pour que ces destins croisés se percutent dans des trajectoires convergentes mais inconciliables.
Le principal attrait du livre réside dans l’évocation de cette époque où, dans une Allemagne coupée en deux, foisonnaient de nouvelles formes d’expression musicale attirant des rockstars de tous poils en quête d’un nouveau souffle. Lou Reed, Iggy Pop et bien sûr David Bowie (sa fameuse trilogie berlinoise), qui apparaît dans le récit ainsi que Nina Hagen ou Klaus Nomi. One Model Nation (2)Les membres de One Model Nation font immanquablement penser à Kraftwerk, à commencer par leur uniforme. Cependant le groupe présente un profil plus Rock que son illustre modèle notamment par la présence occasionnelle d’une guitare et d’une batterie et une présence scénique beaucoup plus forte.
En revanche, l’intrigue est assez confuse et les scènes se succèdent sans véritable trame narrative. Les personnages étant présentés de manière assez succincte, quand ils le sont, on a du mal à s’y retrouver. Surtout, les thèmes du lien entre révolution musicale et révolution politique et de l’engagement de l’artiste sont traités sans véritable mise en perspective. S’il est un excellent song-writer, Courtney Taylor maîtrise beaucoup moins bien l’art du Story-Telling. Il semble s’être perdu dans son intrigue à l’instar de ses personnages qui subissent les événements sans comprendre vraiment ce qui leur arrive. Au final, le livre pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Mais il mérite cependant le détour, par l’approche graphique, sobre et originale bien que parfois un peu raide, surtout dans les scènes d’action et aussi pour le regard personnel qu’il porte sur cette époque trouble et passionnante.