Le Rock et moi

Dessins et textes : Joe SACCO

Joe Sacco appartient à une catégorie bien spécifique de fans de Rock, la pire de toutes en fait : celle des rockers contrariés qui ont dû renoncer à devenir des zicos professionnels. En ce qui concerne Sacco, il y avait plein de bonnes raisons à cela, dont la principale est qu’elle aurait privé le monde de la BD de son talent.Le Rock et moi ; Sacco © Rackham, 2002
Très éloigné du registre du reste de son œuvre, inspirée notamment par la guerre en Bosnie à la fin du 20è siècle ou le fait palestinien, Le Rock et Moi est un recueil de planches et d’illustrations réalisées dans les années 1990 qui constituent une petite anthologie décapante des clichés du Rock où les rockers, musiciens ou fans, s’en prennent plein la tronche.
En point commun à la partie « sérieuse » du travail de ce pionnier du documentaire en BD (au même titre qu’un Etienne Davodeau en France), on peut quand même relever un sens aigu de l’observation auquel « Le Rock et moi » ajoute un art consommé de la caricature et de la satire.
Initialement paru aux Etats-Unis sous le titre But I like it, ce recueil a fait l’objet, grâce à l’excellente initiative des éditions Rackham, d’une édition française à laquelle on pourrait juste faire le reproche de ne pas reprendre l’intégralité de sa grande sœur américaine, les rédactionnels de la version originale ainsi que certaines planches n’ayant pas été reproduites.
Dans cette galerie de portraits tout aussi finement observés qu’ils sont férocement caricaturés avec un humour percutant comme un bon gros riff, l’auteur règle ses comptes avec le Rock sans oublier de s’inclure dans cet univers de personnages incomparablement burlesques avec leurs trognes néandertaliennes, hirsutes et dégoulinantes et leur regard de psycho-killers. Le Rock et moi ; Sacco © Rackham, 2002
« Le Rock et moi », c’est un peu « Les Caractères » de La Bruyère, en version rock. Un véritable traité où aucune des figures archétypiques du Rock ne semble avoir été oubliée. Les rock stars, le fan décérébré, la groupie nunuche, le journaliste, le roadie, le producteur… Sacco y passe également en revue quelques gimmicks incontournables de la culture Rock comme le saccage de chambre d’hôtel ou le concert en plein air. Il règle aussi ses comptes avec les Rolling Stones comme l’on assènerait ses quatre vérités à son meilleur pote tout en déclamant l’amitié profonde qu’on lui voue.
De quoi conforter dans leur credo ceux qui détestent le Rock tout autant que ceux qui l’adulent.