Sid Cooper

Dessins et Textes : PENDRAGON

Prenez comme héros principal un lycéen qui fait sa rentrée dans un étrange château, à l’architecture monumentale et baroque. Dans ce décor gothique à la beauté froide et délabrée, l’uniforme est de mise et la directrice est une vieille chouette austère. Ajoutez un vieux jardinier misanthrope, quelques camarades marginaux harcelés ou au mieux mis à l’écart par les habituels relous du bahut et qui vont fatalement devenir les amis du héros. Assaisonnez l’intrigue d’étranges phénomènes qui commencent à détruire peu à peu l’école et s’en prennent à ses pensionnaires… Évidemment, de nombreuses références romanesques et cinématographiques vous viennent à l’esprit, que je ne vous ferai pas l’injure de citer, et vous êtes légitimement en droit de vous interroger sur l’intérêt et l’originalité de cette histoire. Mais vous auriez bien tort d’en rester là car Sid Cooper est un récit qui mérite vraiment d’y consacrer quelques fragments de votre vie de lecteur.
Pendragon a su mettre en place un récit dense et très bien construit, tout en restant parfaitement lisible au gré des quelques 530 pages de cette première œuvre. Effort remarquable pour un jeune auteur qui impose d’emblée une patte et un style affirmé.
Or donc, Sid Cooper est un adolescent bouleversé par le décès récent de sa mère, et l’irruption dans sa vie d’un père jusqu’alors absent. Il va rencontrer à Berry Hill (vous avez la ref, les p’tits jeunes ?), le lycée où son géniteur a décidé de le placer, deux élèves qui vont devenir ses compagnons d’aventure. Kate, une fille rebelle et revêche et Malcom, personnage énigmatique, doté d’un bras droit mécanique qui ne l’empêche pas d’être un musicien accompli, au clavier comme à la guitare. Sans oublier, pour faire le contrepoint de ces protagonistes à la personnalité bien marquée, Lula, bonne élève, enthousiaste et empathique dont le surpoids lui attire les brimades de quelques mecs qui se prennent pour des cadors.
Ce quatuor va être confronté à un fléau qui commence à ravager littéralement Berry Hill et au-delà toute la Frangleterre (Pendragon n’a pas voulu choisir entre les deux cultures) : l’invasion de ronces aux proportions gigantesques dont l’expansion depuis plusieurs années commence à mettre en danger la vénérable architecture du château et aussi la vie de ses occupants. Tout en apprenant à se découvrir mutuellement, les quatre héros vont s’unir pour lutter contre cet aberration végétale et découvrir son origine.
A noter que cet ingrédient essentiel de l’intrigue n’a pas au départ de propos écologique. Certes, la nature reprend ses droits mais ce qui prédomine est le lien de ces ronces avec une histoire intime…
La narration s’emploie à dévoiler progressivement le passé de Malcom et de Sid et notamment de la relation fusionnelle de Sid Cooper avec sa défunte mère, dont la perte a fait naître en lui un sentiment de rage qu’il a bien du mal à gérer quand les évènements se précipitent, contrastant avec le calme et la sagesse de Malcom et l’agressivité maîtrisée de Kate.
Les références musicales sont nombreuses, résolument tournées vers le Rock énervé, comme en témoigne la play-list proposée par l’auteur à la fin de chaque tome. Punk notamment mais aussi du Beatles, du Radiohead…et même du Nina Simone et du Abba ! Elles transparaissent également au travers du nom de quelques uns des personnages (là encore, pas besoin de les mentionner). Malcom à la guitare et Kate au chant vont d’ailleurs former dans le tome 1 un duo tout en décibels et en couleurs. Il est toujours réconfortant de voir des auteurs de la jeune génération faire preuve d’une telle diversité dans leurs goûts musicaux sans se cantonner à la scène actuelle.
Côté graphisme, on s’oriente sans surprise vers une esthétique manga, mâtinée de Dofus et de Scott Pilgrim (même si l’auteur ne le connaissait pas avant de commencer la BD !), très expressive et servie par un découpage dynamique et une mise en couleurs efficace, sans tomber dans le flashy. Au final, le récit reste très agréable à lire.
Même si cette histoire s’adresse plutôt à un lectorat jeune, avec les codes du genre tels que parcours initiatique, traumatisme familiaux, découverte des premiers émois sentimentaux… les plus chenus pourront comme moi y trouver leur compte, grâce bien sûr aux référence Rock précitées mais aussi à une approche romantique, teintée de fable, de poésie et de fantastique. Pendragon a créé avec Sid Cooper un univers et une esthétique très personnels qui s’avèrent très prometteurs pour la suite de son parcours. Il n’est pas impossible que la musique y prenne une place encore plus importante.

Bonus Track : Interview de Pendragon (à venir)