Bonus Track : Hervé BOURHIS – Paul et Ringo

Interview de Hervé BOURHIS, à propos de ses deux albums Paul – La résurrection de James Paul McCartney (1969-1973) et Ringo – L’âme des Beatles (1940-1968)

On a tous un Beatle préféré. Pour moi, c’est Paul McCartney et pour Hervé Bourhis aussi, sauf que lui, il est capable d’en faire un biopic dessiné. C’est ce qu’il a fait en 2025. Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas poursuivre l’effort avec les autres Beatles ?
C’est donc Ringo Star qui a les honneurs de ce deuxième opus, à peine sorti pour l’édition 2026 du festival Quai des Bulles à Saint-Malo et sentant encore l’encre bien fraiche.
C’était l’occasion de « making from one Stone, two Beatles » comme jamais on ne le dirait en Anglais et de recueillir auprès de l’auteur quelques secrets de fabrication.

Pour écouter l’interview, cliquez sur le lien ci-dessous (*) :

La chronique de Paul – La résurrection de James Paul McCartney (1969-1973) c’est par là et celle de Ringo – L’âme des Beatles (1940-1968) par ici

(*) Du fait de mes compétences proches du zéro absolu dans le domaine du son enregistré, il y a de temps à autres un petit effet d’écho. Pour ceux que ça agacerait, la maison ne reculant devant aucun sacrifice, vous trouverez ci-dessous la version retranscrite.

Le concept de faire un biopic sur chacun des Beatles, c’était une idée de départ ou bien a-t-il émergé pendant ou après la création de « Paul » ?
Non,c’était juste un one shot sur Paul que j’ai voulu faire parce que j’étais très intéressé par cette histoire entre la séparation des Beatles et le succès des Wings, en fait, d’une période de 5 ans. Moi, j’aime bien qu’on raconte des histoires. C’est un biopic, mais sur une période très précise. J’aime pas quand ça s’étend trop. Donc ça, c’était une volonté. Et après, il y a eu deux déclencheurs, c’est Get Back (NDR : le film) de Peter Jackson, où vraiment, là, je me suis dit, c’est ça qu’il faut faire, il faut être en immersion avec eux. Et puis, on a découvert il y a quelques années les enregistrements des dernières réunions des Beatles. Des cassettes où John dit qu’il se barre et tout ça. Ça a été retranscrit précisément. C’est ce qu’on voit dans le bouquin. C’est tout ça, tous ces déclencheurs là. Et après, comme « Paul » a bien marché, on m’a dit « Tu fais la suite, tu fais John ? » Et j ‘ai dit « non, peut-être Ringo. – Ah bon, Ringo ? – Oui, oui, je crois qu’il y a plus un truc à creuser autour de Ringo. »

Qu’est-ce qui t’a motivé à choisir Paul McCartney pour ce premier biopic sur les Beatles ? Pourquoi cette période pour le moins compliquée de sa carrière ? Tu as déjà un peu répondu à la première partie de la question…
Paul, c’est mon préféré, mais aussi parce qu’à l ‘époque, il était vraiment maltraité. Il était considéré comme un ringard. Le mec de droite, alors que John c’était… Et je pense que 50 ans après, Paul est plus moderne, en fait. Le choix qu’il a fait d ‘aller en famille, à la campagne, tout ça, alors que l’autre, il se droguait dans les hôtels… Voilà, c’est une autre époque et je pense que c’est bien de rappeler qu’il a eu raison, en fait. Et sur tout, et sur Alan Klein, il a eu raison sur tout, Paul. Donc c’est bien de le redire.

À l’inverse, « Ringo » marque une approche plus classique puisque tu retraces l ‘ensemble de sa carrière, pardon, de sa carrière Beatles.
C’est pas beaucoup d ‘années de toute façon. Oui, alors c’est quand même concentré. Le fil rouge, c’est sa démission des Beatles en l’été 68 pendant le Double Blanc, durant lequel il se rappelle de sa jeunesse. Le vrai thème de l’histoire, c’est sa jeunesse, c’est Ringo et c’est Liverpool. L’autre personnage de ce livre, c’est Liverpool.

Qu’il s’agisse de Paul ou Ringo, y a-t-il une volonté de les réhabiliter et de casser l ‘image un peu cliché que beaucoup ont d’eux, tels que Paul, le gentil compositeur de chansons un peu niaises, « silly love songs », ou Ringo le pitre au jeu de batterie simpliste ?
Il y a vraiment de ça, même si c’était probablement inconscient, mais je trouvais que c’était les moins bien traités. En fait, tout le monde a été maltraité, sauf John. Même George, c’est pas facile. Tout a été raconté sur la vie des Beatles, donc il faut trouver des axes plus précis, mais on peut toujours trouver des choses. Mais c’est vrai qu’il y a un truc de réhabilitation que j’ai voulu faire. Et il y a beaucoup de gens, énormément de gens, qui m’ont dit qu’ils connaissaient très bien les Beatles mais ils n’avaient jamais écouté les Wings. Ils ont eu envie d’écouter les Wings grâce au bouquin. Là, j’étais content quand même. Et ils ont halluciné parce que c’est vachement bien et la légende disait que c’était nul.

Quelles sont les difficultés auxquelles tu as été confronté en t’attaquant à ces monuments du Rock, sur le plan graphique ou autre ? J’ai entendu dans une autre interview que tu avais un peu galéré sur les visages et que Ringo était le plus difficile à dessiner…
C’était le plus difficile. Georges et John, c’est beaucoup plus simple. Donc oui, effectivement, c’est la difficulté. Pour Paul, c’était aussi qu’on le reconnaisse quand on ne connaissait pas le sujet, quand il changeait de look. Il a beaucoup changé de look à cette période là. Ça, c’était le truc un peu difficile. Sinon, il y a beaucoup de doc, c’était pas difficile.

On devine qu’il y a eu un gros travail de recherche historique et de documentation pour élaborer ces biopics, mais tu ne cites pas tes sources dans les albums. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
Il y a deux sources principales, hors tous les bouquins officiels qu’on connaît. Il y a deux sites extraordinaires, c’est The Paul McCartney Project et Beatles Bible, qui recensent jour par jour tout ce qu’ils ont fait avec des photos et tout ça, c’est extraordinaire. Un truc à la Wikipédia, avec des photos, vraiment jour par jour. Ça existe depuis une dizaine d’années, et là, vraiment, ça m’a aidé. Sinon, pour Paul, je suis allé chercher partout, par exemple, sur les forums des campus où ils ont été faire des conférences, les témoignages des gens, des photos, etc. Il faut creuser...

Est-ce que l’écoute des chansons des Beatles et des Wings a pu être une source d’inspiration dans ton travail pour ces deux albums ?
Pas forcément. Ça, c’est un truc qui s’est fait en amont. J’écoute les Wings et les Beatles depuis 1988. Tout ça, c’est la conséquence de ces années. Mais pas en le faisant, non, non…

Ringo – L’âme des Beatles (1940-1968)

Dessins et Textes : Hervé BOURHIS

« L’âme des Beatles », Ringo ? Non, sérieusement ? Voilà un sous-titre intriguant, voire un brin provocateur. Car quand on ne connaît, comme moi, de Ringo Starr que ce que tout le monde sait, c’est à dire pas grand chose, on a du mal à imaginer que le jovial et sympathique batteur, mais musicalement loin derrière ses trois illustres camarades, puisse mériter un tel honneur. Pourtant, après avoir refermé l’album, cela sonne comme une évidence.
Fort du succès de Paul – La résurrection de James Paul McCartney (1969-1973) sorti en 2025, Hervé Bourhis a entrepris de parler d’un autre Fab Four. Mais contrairement à Paul. qui évoquait l’immédiat après Beatles, Ringo retrace la vie de Richard Starkey depuis sa naissance jusqu’à son départ des Beatles en 1968.
Car, oui, le premier a avoir abandonné le sous-marin jaune, c’était bien le gentil Ringo. Lassé par les interminables séances d’enregistrement de l’album Double Blanc (mon préféré, pour ce que ça vaut), les passe d’armes des
trois autres, dont les égos sont de moins en moins compatibles, Ringo ne trouve plus sa place au sein du groupe et décide de le quitter et de partir au soleil avec son épouse.
C’est l’argument de départ dont va découler un long flash-back, en forme de confidence autobiographique, débutant quand Ringo, âgé de 7 ans, est cloué sur son lit d’hôpital, pronostic vital engagé. Ça démarrait mal pour le garçon, pur produit de la classe ouvrière de Liverpool, élevé par une mère célibataire, aimante mais fauchée. Avant de devenir le batteur le plus célèbre du monde, Ringo a galéré pendant toute son enfance. Mais dès qu’il a eu en main ses premières baguettes et commencé à taper sur des casseroles, son destin était tout tracé et même si son histoire peut ressembler à un conte de fées, son arrivée dans les Beatles était inévitable. Il les a longtemps côtoyés, à Liverpool et Hambourg notamment alors qu’il jouait dans Rory Storm & The Hurricanes. Ce dernier était un groupe de premier plan de la scène anglaise, tournant un peu partout en Europe, même s’il ne jouait que des reprises, comme beaucoup de formations à l’époque. Les Beatles l’avaient repéré et sont venus le chercher quand il est apparu que Pete Best ne collait plus dans le projet : Pas assez intégré dans le groupe, pas assez bon batteur et trop beau gosse, tout ce que Ringo allait offrir en contrepoint.
Après, c’est son talent qui a fait le reste. Son talent et aussi, comme le dévoile ce biopic, son état d’esprit. Ringo était ce que l’on peut appeler, sans être péjoratif, un bon gars, le seul qui faisait l’unanimité auprès des trois autres, loin de leurs querelles d’égo. Le fait qu’il ne compose pas lui conférait un statut à part, comme pilier du groupe, toujours dans le bon tempo, dans tous les sens du terme. Il savait d’où il venait, le Liverpool de la classe ouvrière des années 50-60, dont l’atmosphère est ici impeccablement restituée, et donc ce qu’il devait à ses comparses.
Bourhis retrace la vie de Ringo jusqu’à son départ des Beatles (spoiler : pas vraiment définitif) par petites touches, entre moments décisifs et anecdotes savoureuses qui au final constituent un portrait tout en finesse du plus méconnu des Beatles. Le fait d’avoir opté pour une narration à la première personne la rend très immersive et souligne le caractère profondément humain et attachant de Ringo.
Comme dans Paul, le récit est émaillé de fresques pleine page, sortant du schéma classique de la planche, pour mieux évoquer l’effervescence et le tourbillon de la courte carrière des Beatles et ce que cela pouvait provoquer dans la tête de leurs membres.
Autre gimmick très appréciable : De courtes citations de John, Paul et George, juste illustrées par leur trombine, viennent au fil des pages confirmer tout le bien que chacun pensait de Ringo. Comme d’habitude avec Hervé Bourhis, la fluidité de la lecture est au rendez-vous. Le graphisme et la mise en couleurs alternant, selon l’époque ou le propos, entre noir et blanc profond et couleurs chatoyantes, vont à l’essentiel. Une centaine de pages pour mettre fin à notre ignorance sur le plus injustement méconnu des Beatles, on aurait tort de s’en priver.
Ringo, l’âme des Beatles ? Carrément ! Et on attend avec impatience, les deux prochains biopics, car on sait désormais que John et George compléteront la série.

La chronique de Paul – La résurrection de James Paul McCartney (1969-1973), c’est par là et l’interview de Hervé Bourhis, par ici.