Éditions du Blouson Noir


Dessins (en grande majorité) : Johann GUYOT

Une fois n’est pas coutume, cette chronique ne va pas évoquer un album mais plusieurs, tous publiés par les éditions du Blouson Noir.

La cheville ouvrière en est, au crayon et à l’encre, Johann Guyot et à la partie publication et éditorial, et aussi parfois pour les textes, Sofie Von Kelen. Ils ont ensemble sorti une série de bouquins, dont la BD est le principal vecteur, mais pas que, sur le Rock Métal… mais pas que.

Les amateurs de musique douce et apaisante fréquentant le petit festival de musique de chambre se déroulant chaque mois de juin à Clisson, connaissent peut-être déjà « Welcome To Hellfest », une série de 3 albums (désormais réunis en une intégrale) signés par les deux susnommés, Johann Guyot au dessin, et aux textes avec Sofie Von Kelen. Retrouvez les chroniques du tome 1 et du tome 2 sur ce site.

Depuis, les éditions du Blouson Noir ont commis 3 autres méfaits :

Dans « Something To Hide », Johann Guyot illustre les textes de Diego Gill, chroniqueur musical (auteur entre autres d’une biographie de Joy Division). Le livre nous présente toutes ces légendes et mystères enfouis dans les sillons de nos vinyles ou la mémoire numérique de nos CD. Car le Rock, comme son ancêtre le Blues, musiques éminemment transgressives, du moins à leurs débuts, ont longtemps senti le soufre des Enfers, encouragé la perversion sexuelle et la consommation de drogues. Pour échapper aux ligues de vertus ou à la censure légale, les bluesmen et les rockers ont développé des trésors d’imagination ou de supercherie.

Mais parfois aussi, il ne s’agissait que de trouvailles ou même d’accidents sonores ou visuelles motivés par la simple envie d’expérimenter en studio ou seulement de déconner un peu. Ce qui a engendré une véritable petite mythologie avec ces morceaux cachés à la fin des disques, ces textes à double sens, ces pochettes à tiroirs ou encore ces paroles enregistrées à l’envers et qui recèlent des messages subliminaux dont certains invoqueraient le Diable ou inciteraient au suicide. C’est ainsi tout un monde inconnu et souvent insoupçonné qui se dévoile sous nos yeux et dans nos oreilles. Le rédactionnel de Gill est illustré par quelques dessins humoristiques de Guyot, lequel insère également des planches de BD où il rebondit sur chaque thématique abordée avec des exemples issues de son expérience et de sa collection personnelles. Au final, un ouvrage passionnant, érudit sans être rébarbatif, même si l’on n’est pas forcément grand amateur de Rock.

Avec « Chroniques Électriques », Johann Guyot est seul aux manettes d’un livre illustré qui n’est pas à proprement parler une BD, même s’il est riche en dessins. L’auteur y présente de nombreuses anecdotes de l’histoire du Métal, musique forte en décibels, haute en couleurs et riche d’une imagerie, voire d’un folklore, regorgeant de tronches de Rock et d’évènements cocasses, pathétiques, étonnants, tragiques, voire franchement foireux et parfois un peu tout ça en même temps. Certaines anecdotes figurent déjà en bonne place dans la Genèse du Métal mais d’autres sont beaucoup moins connues.

Dans les deux cas, c’est du pur plaisir, soit en se disant ah, celle là je la connaissais ou le contraire, avec alors la satisfaction de se cultiver pour briller au prochain apéro. Impossible d’en ressortir une parmi d’autres, lisez le bouquin !

Et pour conclure, il faut absolument parler du dessin de Johann Guyot dont l’esthétique, invariablement noir et blanc, est parfaitement raccord avec le propos et le ton, résolument humoristique de tous ses livres. Un trait dynamique, expressif avec un vrai talent de caricaturiste qui écorne autant qu’il rend hommage à ses idoles et à sa musique de prédilection. Le débat sur la supposée existence d’un graphisme Rock reste toujours ouvert mais celui de Guyot donne assurément du grain à moudre à ceux qui pensent que oui.

Et pour être parfaitement complet, sachez que les éditions du Blouson Noir ont également sorti en 2024, devinez quoi ? Un livre de recettes de cuisine « rock’n roll », oui, carrément ! Ça s’intitule « Cook Me Tender », c’est écrit par Sofie Von Kelen et la cheffe Juliette Barax et c’est illustré par une kyrielle de dessinateurs, Johann Guyot évidemment mais aussi, Fabcaro, Pixel Vengeur, Jampur Fraize, Will Argunas… je ne cite ici que les noms bien connus de nos services, en tant qu’auteurs de BD Rock.

Alors, si vous aimez le Rock, le Métal ou au contraire si vous n’y connaissez rien, que vous appréciez la BD (forcément, vu que vous êtes sur ce site…), vous marrer et vous cultiver en même temps, les bouquins du Blouson Noir sont impérativement à vous mettre sous les mirettes.

Welcome to Hell(fest) – Le Retour

Dessins : Johann GUYOT – Textes : Sofie VON KELEN

Vous aviez cru être peinards mais vous vous êtes mis le Pentacle bien profond. Car, oui, les Poilus de l’Enfer sont bien de retour. Pour les incultes, (je ne les qualifierai pas d’infidèles, par les temps qui courent, ça pourrait faire désordre), et comme l’automne est de retour avec son lot de spleen, de langueur… et surtout de grosse flemme, je me bornerai à renvoyer à la chronique et la petite interview présentes sur le site, relatives au premier tome paru en 2015.
welcome-to-hellfest-le-retourPar rapport à ce dernier, pas de changements radicaux et donc que du hautement recommandable, entre mini-chroniques, instantanés de concert, tronches de Métalleux expressives et encarts didactiques pour les moins pointus des lecteurs (ça permet de se la péter devant les potes entre deux chips et une gorgée, à l’heure de l’apé-rot). Le tout saupoudré de cette petite pointe d’humour et d’autodérision qui rappellent opportunément que tout ça, c’est avant tout du Rock’nRoll.
A noter que ce nouveau bréviaire est cette fois consacré exclusivement à l’édition 2015 du Hellfest. Alors, enfilez vos cornes, remplissez votre chope, mettez vos protections auditives (oui, bon d’accord, pour les moins jeunes). A lire en headbanguant en rythme, index et auriculaire dressés fièrement. Les plus souples peuvent faire le poirier.

Bonus Track : Johann Guyot

A propos de Welcome to Hell(fest) : 3 questions à Johann GUYOT

Comment est venu l’idée de ce livre ? C’était planifié ou c’est après coup que as décidé de regrouper tes dessins ?
L’idée est venue de ma collègue journaliste Sofie qui co-écrit le bouquin. J’avais déjà fais un petit bouquin sur le sujet et elle m’a proposé le projet. J’étais moyen chaud au début, n’étant pas très branché gros festival et foule, préférant les concerts en petite salle et écouter mes vinyles peinard, et puis on s’est dit que justement, étant assez étranger a ce genre d’évènements, le bouquin pouvait être assez drôle et intéressant… Plus qu’un fan du Hellfest qui ferait un bouquin sur le Hellfest.

Heavy Rocker © Collection personnelle

Tous tes dessins sont-ils « pris sur le vif », pendant le concert et si oui, quel est le secret pour dessiner tout en headbanguant ?
Pas mal de dessins sont pris sur le vif pour garder le côté authentique mais beaucoup sont repris, arrangés,voire recommencés… parce que souvent c’est compliqué avec le public, la vision réduite, sans compter que quand il fait nuit on ne voit plus rien. J’utilise pas mal de vidéos assez floues pour retrouver le vif du concert. Je n’aime pas travailler d’après photos (ou alors un minimum). D’après Jean-Christophe Menu dans Lock Groove Comics, Luz est le seul a être capable de dessiner sur le vif dans un pogo. N’ayant plus les cheveux longs comme avant, je headbangue moins… C’est donc plus facile !

Quels sont tes pires et meilleurs souvenirs de festivalier crobardeur ?
Pires souvenirs… Pas beaucoup : J’ai du mal à pisser avec du monde autour, ça me bloque… Du coup, imagine moi, collé à 15 types autour d’une pissotière commune… ha ha ! J’arrivais pas a sortir une goutte, du coup, je me trouvais toujours un petit buisson… J’aurais été beau à l’armée ! Sinon, il y a l’année 2013 où je logeais à la campagne en dehors de Clisson et je rentrais en vélo. Mon biclou ayant crevé au bout de 100 mètres, j’ai dû me taper 5 km le vélo sur les épaules en pleine campagne… Au final, ça fait des souvenirs marrants et des choses à raconter !
Meilleur souvenir : L’année dernière, le concert de Venom qui est sans doute mon groupe préféré (bien que j’aime pas ce terme là). Moi qui suis désormais calme dans les concerts, avec la sagesse d’un sieur de 32 ans, j’ai retrouvé mes 15 ans.. Je hurlais, headbanguais, beuglais les paroles dans les oreilles de mon pauvre voisin. J’étais tout devant, Cronos jetait des regards diaboliques… C’était magique !

Welcome to Hell(fest)

Dessins et textes : Johann GUYOT – Textes : Sofie VON KELEN

Tous les mois de juin, dans la paisible campagne ligérienne, au milieu des vignes, une de ces bourgades traditionnelles qui font le charme de nos belles et douces provinces françaises, se transforme l’espace de quelques jours en antichambre… de l’Enfer.
Des cohortes de mâles, plus ou moins vigoureux et de femelles plus ou moins vêtues, mais tous, ou presque, dotés d’un système pileux ou capillaire fort développés, déferlent dans la petite ville de Clisson, envahissant ses rues et ses commerces et surtout ses bars, ainsi que le rayon bière et biscuits de son supermarché Leclerc. Ces hordes vociférantes arborent fièrement des tee-shirts à la gloire de groupes inconnus du public de Michel Drucker ou de Naguy, des vestes de jean ornées de patchs, comme autant de médailles récoltées dans la furie des concerts ou recyclent les fondamentaux de l’imagerie Rock, jeans, cuirs et clous entre autres, avec un zest de médiéval etWelcome to Hellfest 1 une once de religion, pour créer les looks les plus improbables, composant ainsi un joyeux carnaval rock’n roll.
Pendant trois jours plus de 150 groupes puissamment électrifiés font hurler leur cordes vocales et leurs guitares sur fond de beats de batterie telluriques. 150 000 pèlerins viennent admirer ces idoles assurément païennes et sacrifier ainsi au culte du Dieu Métal et à celui de son cousin tout aussi agressif, le Punk, les ancêtres de la fratrie, Hard Rock en tête, n’étant pas en reste dans ce séisme musical et bruitiste. Le Hellfest, à l’origine un événement underground réservé à un public averti est devenu aujourd’hui une véritable institution, deuxième festival de musiques actuelles en France en fréquentation, le premier si l’on parle de Rock exclusivement. Comme dirait ce bon vieux Clint, le monde se divise en deux catégories, ceux qui vont au Hellfest et ceux qui creusent.
Johann Guyot fait partie de la première catégorie et, comme l’ami Will Argunas avec son Pure Fucking People, œuvre de surcroît pour faire connaître aux masses incultes et partager en images ce festival haut en couleurs et en décibels. Welcome to Hell(fest), qui retrace trois éditions du Hellfest, de 2012 à 2014, est une sorte de carnet de voyage en pays métalleux, un patchwork d’instantanés de concerts, avec un dessin noir et blanc sans fioritures, rudement efficace pour restituer l’énergie et l’imagerie du Métal. L’auteur a crobardé avec jubilation une belle galerie très expressive de portraits de ces chantres du gros son, pris sur le vif, guitare en érection et tignasse au vent. Le tout souvent agrémenté d’une courte présentation juste ce qu’il faut de didactique ou de commentaires personnels sur les artistes immortalisés. Il a également retranscrit quelques éléments incontournables du Hellfest, qu’il s’agisse des lieux ou des à côtés des concerts. Avec pas mal d’humour et d’auto-dérision, Guyot n’hésite pas se mettre en Welcome to Hellfest 2scène pour livrer quelques unes de ses expériences de festivalier, coups de cœur ou plans foireux qui font le charme de ces purs moments de Rock’n Roll. L’opus est complété par quelques mini-chroniques ainsi que de courtes interviews de zicos, réalisées par Sofie Von Kelen, qui apportent une dimension journalistique au bouquin. On regrette même qu’il n’y en ait pas un peu plus.
Ceux qui participent tous les ans à cette grande messe électrique, retrouveront dans ce bréviaire le parfum et l’écho de leurs souvenirs de fidèle pratiquant de la liturgie du Métal. Ceux qui ne connaissent pas le Hellfest comprendront peut-être un peu mieux de quoi il retourne et sans doute que cela donnera envie à certains de mettre le cap à l’Ouest. Quant aux autres, tant pis pour eux… qu’ils continuent de creuser, Motherf…rs !

Bonus Track : 3 questions à Johann Guyot