Les Allumeuses

Dessins : CHA – Textes : François MAINGOVAL

Charlene et Olivia, glandeuses et parasites (parce que « ça leur plait » comme aurait dit le groupe OTH au temps de sa splendeur), deviennent des stars du jour au lendemain. Satire réjouissante de « l’Industrie-Bizness-Musique » (toujours pour citer OTH, décidément) où tout l’idéal punk est résumé au travers du destin de ces deux filles, déjantées comme le Rock les aime, qui débarquent comme des cheveux (ou plutôt des crêtes) dans la soupe d’un casting pour émission de télé musicale à élimination directe.
Les Allumeuses ; Cha - Maingoval © Casterman, 2007Contre toute attente, les provocations et le caractère imprévisible de ces deux chipies destroy qui jouent leur musique à fond et refusent toute concession vont conquérir le grand public, avide de sensations nouvelles, et prendre de court les producteurs de l’émission. Ces derniers ne vont cependant pas tarder à comprendre tout le parti qu’il y aurait à tirer de ce succès inattendu, en tirant sur les bonnes ficelles pour reprendre le contrôle de la situation.
Le portrait à peine caricatural de ces deux rockeuses, tout aussi iconoclastes (pauvre Michel Sardou…) et bordéliques que sincères et naïves, tape en plein dans le mille et réalise le rêve que bien des fans de Rock caressent en secret : voir des rockers mettre le binz total sur un plateau de télé.
Le propos essentiel de ce conte moderne, concocté par Maingoval et parfaitement servi par le dessin débridé de Cha, est en effet de confronter la philosophie du « No Future » à la cruelle réalité du star-bizness, avec en toile de fond une belle histoire d’amitié.
Il n’est jamais évident de passer du registre humoristique à celui du drame. Ici la transition se fait progressivement, vers un dénouement qui confère à ce récit encore plus de relief, en point d’orgue de ce qui n’aurait pu être qu’une simple fable rock’n roll (ce qui eut été déjà fort respectable).
C’est bien tout le paradoxe de cette musique, dont le message provocateur et contestataire n’est jamais aussi fort que lorsqu’il est relayé par la grosse machine capitaliste. En serait-il en définitive un sous-produit ? Le débat n’est pas nouveau et reste ouvert mais en attendant Les Allumeuses mettent le feu aux poudres de la BD Rock en lui offrant un récit haut en couleurs, percutant comme un titre des Wampas (évidemment cités dans l’album), original et attachant à l’image de ses deux héroïnes.

Eddy l’Angoisse

Dessins et textes : Richard DI MARTINO

A la vaste question, « c’est quoi un groupe de Rock ? », il est bien sûr impossible de répondre de manière simple et définitive. Pourtant, avec Eddy l’Angoisse, nous ne sommes pas loin d’avoir désormais un aperçu complet des divers éléments qui pourraient contribuer à le faire. 
La genèse de ce groupe amateur qui se forge petit à petit un destin est une peinture réaliste et crédible de la condition du Rock en France. Les petits boulots, les concerts aux quatre coins du pays, les soirées pétards, binouzes… et les filles.
Malgré les galères, à force de volonté et de foi en leur musique, les membres de « Grunt » vont réussir à sortir de l’anonymat, enregistrer leur premier disque et entamer ce qu’il est convenu d’appeler une carrière. Car le challenge est bien là : sortir et exister en dehors du local de répète.
Le portrait de ces rockers est juste, parfois drôle mais sans complaisance. Il est principalement axé sur Edouard, le leader du groupe, une personnalité complexe, un peu torturée ; loin d’être parfait donc mais qui en dépit de ses défauts et du désordre de sa vie amoureuse (l’éternelle quête de la fille parfaite) ou professionnelle (un job alimentaire de graphiste), garde la flamme, celle qui permet d’aller plus loin que les soirées picole et les tournées de pétard, pour jouer du Rock et pas seulement en faire.
Eddy l’Angoisse, c’est aussi le récit d’une histoire d’amitié entre ces trois potes aux personnalités très différentes que la musique a réunis. Franky le bassiste est lui un séducteur invétéré, collectionneur de filles, tout le contraire de Pof le batteur, très mal à l’aise avec la gente féminine.
Avec un dessin dans la tradition de la BD d’humour franco-belge, Di Martino brouille les cartes en mettant son trait sobre et expressif au service d’un récit résolument moderne tant dans le sujet que le mode de narration.
Et puis il y a cet épilogue cinglant qui résume à lui seul avec un humour noir et en une seule page, toute la triste réalité du Rock en France.

Bonus Track : 3 questions à Richard Di Martino