The Majorettes

Dessins et textes : Héloïse LE BAIL

Même si on ne doit jamais juger un livre d’après sa couverture, comme nous l’a rappelé ce bon vieux Bo Diddley, je suis comme tout le monde, une couverture de BD est souvent une invitation à parcourir l’objet ou au contraire, à le laisser définitivement fermé. C’est là qu’avoir un bon libraire s’avère précieux. Par contre, quand il s’agit de BD Rock, forcément, je ne me pose pas de question, ça finit directement dans la collec. Toutefois s’agissant de « The Majorettes », si je n’avais été que fan de Rock, j’aurais de toute façon été intrigué par ce jaune pétant, rehaussé d’une pointe de rose et cette typo en forme de collages façon lettre anonyme. La référence au chef-d’œuvre fondateur du Punk, Never Mind The Bollocks des Sex Pistols, est évidente. Et quand, sur cet arrière plan mythique, se détachent en costumes de majorettes, une chatte, une chauve-souris et… une biche (?), respectivement aux baguettes, à la basse et à la guitare, le What The Fuck est de sortie.

L’intrigue est à l’avenant et très bien résumée en 4è de couverture : Viviane, Neige et Sid (la bassiste, forcément et pour le coup ma préférée), majorettes de la troupe du collège de Poney-sur-Mer, vont devoir monter un groupe, trouver des instruments et apprendre à jouer. Tout ça pour tenter de décrocher le premier prix du concours musical organisé en l’honneur de Darylo, de retour dans sa ville natale, auréolé de sa gloire de Pop Star. En jeu : un billet VIP Premium pour le concert de l’enfant du pays. Pour Viviane, c’est une question de vie ou de mort, sinon la vengeance de Delphine, la vedette tyrannique du collège, sera terrible. Le tout petit inconvénient de l’entreprise est donc qu’aucune des trois héroïnes ne sait jouer d’un instrument, ni même n’en possède un. A un mois de l’échéance… Si ça c’est pas Punk.

Le thème de la quête initiatique, sur fond de création d’un groupe de Rock n’est certes pas nouveau. Il trouve cependant ici une version très fun avec quelques rebondissements et l’entrée en scène de personnages secondaires bien amenés qui rythment impeccablement la narration jusqu’à un dénouement que d’aucuns auront pu voir venir, mais qui ne gâche en rien le plaisir de lecture et la curiosité de découvrir comment ces trois filles bourrées d’énergie vont s’en sortir. Sans rien dévoiler, on peut garantir qu’on ne sera pas déçus par leur tout premier concert… Les connaisseurs apprécieront également les références à quelques grands noms de la scène Punk ou Rock plus généralement.

Sous ses atours de BD humoristique, The Majorettes est une chronique adolescente avec ce qu’il faut de romances, de crises existentielles, de moments de déception et d’euphorie. Le choix du graphisme animalier, qui aurait pu s’avérer casse-gueule, apporte une vraie touche d’originalité au récit et donne aux protagonistes une expressivité personnalité bien à elle, entre Neige la bad girl, Sid l’intello romantique et Viviane l’exaltée, ce qui les rend d’autant plus attachantes. Le reste du bestiaire est bien fourni avec girafes, chevaux, lapins etc. dans un style minimaliste qui colle parfaitement à l’esprit Punk de la BD.

A lire absolument si vous aimez le Rock en uniforme, les bassistes chauve-souris et les flocons de neige… ou d’avoine.