Murder Falcon

Dessins et textes : Daniel Warren JOHNSON

Dans le genre « Plus c’est gros, plus ça passe », « Murder Falcon » s’affirme comme une référence absolue. Qu’il s’agisse du postulat, de l’intrigue, du graphisme ou des références musicales, Daniel Warren Johnson a décidé de ne pas faire dans la dentelle. On est sur du très lourd.

Déjà, le pitch : Comme d’habitude, la terre (au hasard les USA) et l’humanité vont être envahies par une entité maléfique venue d’un autre monde, nommée Magnum Khaos. La méchante bébête envoie une armada de créatures monstrueuses tout droit sorties d’une version trash de l’enfer de Jérôme Bosch. Pour combattre et vaincre ces aberrations, un seule arme : Une musique qui déchire et explose les tympans, et donc le Métal, sous toutes ses formes.

C’est ce que va découvrir Jake, le guitariste virtuose du groupe Brooticus, tombé en pleine dépression et devenu incapable de pondre le moindre riff. Jusqu’au jour où un faucon badass, taillé comme un Rambo à plumes, avec bandana et bras biomécanique, transforme sa guitare. Après ça, tout est simple, Jake se déchaîne sur son manche et l’énergie produite par sa musique est transmise à Murder Falcon qui se débarrasse des gros monstres aussi rapidement qu’un solo de Power Metal.

Mais la horde des envahisseurs semble infinie et Jake va devoir reformer son groupe avec Johann à la basse et Jimi (une fille) à la batterie, dont le premier active le pouvoir d’un gigantesque mammouth et la seconde celui d’un serpent de mer. Au fil de leur lutte, qui leur fait sillonner le monde et s’aventurer dans des sites cryptiques et ignorés des hommes, comme dans une nouvelle de Lovecraft, d’autres musiciens combattants les rejoindront, comme un chanteur de Black Metal ou même l’orchestre philharmonique de Tokyo. On vous aura prévenu, ça va charcler dans tous les sens, dans des scènes de bataille telluriques dignes d’un bon vieux Godzilla, parfois en pleine plage et dans une explosion de couleurs flashy.

Dans tout ce vacarme de bruit, de fureur et de destruction, Johnson prend quand même le temps de peaufiner juste ce qu’il faut la psychologie de ses personnages principaux qui ne se réduisent pas à de simples zicos bas du front. Le dessin particulièrement dynamique, très lâché mais parfaitement maîtrisé, et la mise en couleurs foisonnante privilégient l’efficacité à la perfection graphique, parfois un peu figée des Comics. Le graphisme sert ainsi parfaitement l’histoire et l’ambiance musicale.

Les amateurs de Métal apprécieront les nombreuses références au genre parsemées tout au long de l’album. L’auteur connaît très bien le sujet et il joue de la guitare depuis ses onze ans. Il a mis ici sa passion pour la musique puissante et saturée au service de son récit. Avec en bonus la revisite dans la partie Artwork de pochettes d’albums et de groupes culte du Métal en y intégrant les personnages du livre, ce qui confirme ses excellent goûts musicaux. Depuis Perkeros, les métalleux n’avaient pas eu une aussi bonne fiction de BD originale à se mettre devant les yeux. « Murder Falcon » est désormais le dernier en date.