Dessins et textes : Reinhard KLEIST
Si l’on devait ne retenir qu’une seul période parmi les nombreuses qui ont jalonné la fantastique carrière de David Bowie, ce serait sans doute celle de Ziggy Stardust. Parce qu’elle est la plus originale, la plus surprenante, la plus avant-gardiste (du moins visuellement). Et aussi celle où il a failli se perdre dans le personnage qu’il avait créé. Et dont il a su se sortir pour se réinventer, loin des outrances du rock-business lors de sa période berlinoise où il est passé du statut de Rockstar à celui de compositeur et musicien renommé et reconnu pour sa musique et non plus les seulement les outrances de son look ou de sa vie privée.
Pour nous faire revivre l’effervescence de ces deux époques essentielles, Reinhard Kleist était l’un des mieux placés. D’abord parce que dans le domaine du biopic Rock, l’auteur allemand sait faire. Ses deux ouvrages sur Johnny Cash et Nick Cave sont des modèles du genre.
« Starman » s’inscrit logiquement dans la même veine avec en prime une petite innovation puisque Kleist est passé à la couleur. Cela semblait incontournable pour restituer l’orgie visuelle des looks flashy du Glam Rock de Ziggy et de ses Spiders of Mars. On n’est pas surpris qu’il s’en sorte haut la main et au passage cela lui a procuré un ingrédient narratif puisqu’il a gardé la bichromie pour les nombreux flash-back qui émaillent son récit.

Les biopics de Kleist ne sont en effet jamais linéaires et ils échappent aussi à ce côté didactique qui caractérisent souvent les biographies. Pour tout savoir sur Bowie, il existe déjà un paquet de bouquins et de pages Internet. Comme pour Cash et Cave, Kleist développe sa propre vision de ses sujets, en explorant leurs fêlures intimes, les ressorts, les instants décisifs et les raisons profondes qui en font des artistes hors du commun.
David Robert Jones a toujours été passionné de Science-Fiction et son frère aîné était schizophrène. Ces deux éléments aident à comprendre le personnage de Ziggy Stardust, même si la personnalité de Bowie est plus complexe et c’est justement tout le talent de Kleist de lever une partie du mystère. L’évocation de l’exil volontaire de Bowie à Berlin, en compagnie de son âme sœur, Iggy Pop, n’est pas moins passionnante. Bowie va entreprendre une remise en question douloureuse mais fructueuse tant de sa vie privée que de sa trajectoire musicale.
On retrouve bien sûr l’une des qualités primordiales de Kleist : un dessin sobre, expressif et très fluide qui lui permet de composer une galerie de portraits hautement crédibles sans tomber dans la caricature.
Avec « Starman », Kleist s’affirme, comme prévu, comme l’un des meilleurs auteurs de biopics Rock en BD. Vivement son prochain.
Le thème classique d’une jeunesse engluée dans un bled de province qui sclérose très vite le moindre rêve de gloire, est ici traité dans une chronique douce amère, mélancolique comme un ciel maussade de bord de mer. Le titre de l’album est une référence pas du tout innocente au beau et dépressif morceau de David Bowie. L’autrice fait aussi un clin d’œil sympa au mythique Club des 27, l’âge de Martha au moment du récit.
Bowie n’est pas encore une star et, malgré un talent indéniable que le milieu musical lui reconnait, n’arrive pas encore, à l’exception notable de Space Oddity, à pondre les tubes qu’il enfilera ensuite comme des perles. L’action se déroule au moment de la composition de l’album The Man who sold the World. Bowie a les cheveux qui lui tombent sur les épaules et n’a pas encore découvert les délices du blush et du rimmel. Il vient d’emménager dans un manoir décrépi de la banlieue londonienne, Haddon Hall, que Néjib a eu l’idée originale d’utiliser comme le témoin et narrateur des évènements qui vont se produire à l’intérieur de ses murs. Au sous-sol de la vénérable et classieuse demeure qui tombe dignement en ruines, David a installé un grand local de répétition afin de se donner les moyens de ses ambitions. Et pour mettre toutes les chances de son côté, il a fait emménager les musiciens qui vont enregistrer avec lui et même le producteur, Tony Visconti, formant ainsi une petite communauté de musiciens aussi fauchés que talentueux. Tous les ingrédients sont donc réunis pour donner naissance à un chef-d’œuvre, sauf que David n’est pas encore Bowie…
L’autre qualité d’Haddon Hall est de restituer le contexte « historique », le Londres musical et effervescent de la fin des années 1960, avec ses héros tels Marc Bolan, alter égo de Bowie dont la rivalité amicale (T. Rex va accéder avant lui à un succès phénoménal en Angleterre) sera un aiguillon pour Bowie et bien sûr Tony Visconti, l’un des meilleurs producteurs de l’histoire du Rock. Le récit est émaillé de nombreuses anecdotes, témoins d’une recherche documentaire minutieuse et s’attarde aussi sur la relation particulière que David Bowie entretenait avec Terry, son demi-frère dont le déséquilibre mental l’avait mené à l’asile.