Dessins : Terkel RISBJERG – Textes : Anne-Caroline PANDOLFO
Les années 1980, marquées par la New-Wave et le Post-Punk, l’essor de l’électronique (souvenez-vous du magnifique son des batteries !) et l’irruption des claviers avaient un peu ringardisé le Rock à guitares de la décennie précédente. En attendant les années 1990, qui ont les remis au goût du jour les guitares saturées, les cheveux longs, la provocation et la révolte adolescente , grâce, entre autres, aux Guns N’ Roses et à la vague Grunge, il y avait quand même de quoi s’en mettre plein les oreilles avec le Rock des 80’s, New Wave, Post-Punk, Heavy et Trash Metal (merci à Iron Maiden d’avoir sauvé les 80’s !).
Quelle chance ont eu les adolescents du début des 90’s d’avoir vécu cette époque bénie, baignés dans cette mouvance rugissante, me diriez-vous ? Ben, en fait, non, pas tant que ça, vu que coller dans la même phrase « adolescents » et « époque bénie » relève souvent de l’oxymore.
« On était des anges » en constitue une belle illustration. L’histoire met en scène une bande de jeunes qui se fendent pas vraiment la gueule (eh ouais, je cite Renaud, j’ai bien le droit de faire du social !). Résidents d’un bled paumé d’Alsace, Isheim, ils traînent leur spleen de fin d’été et attendent avec impatience l’âge de la majorité dans quelques mois, perspective (ou mirage) de la liberté absolue.

L’arrivée de de la mystérieuse et envoûtante Persille va être l’élément déclencheur de l’histoire. Entre ces jeunes, des intrigues amoureuses vont se tisser ou se renforcer, avec leur lot d’espoirs, de déceptions et de sentiments inavoués, dont le problème est bien sûr la capacité à les exprimer ou non. Désir de s’évader du quotidien, soit par la musique, soit en se barrant définitivement de ce bled, en plaquant des parents tyranniques ou largués mais forcément toujours à côté de la plaque.
D’emblée, le ton est donné avec une brillante démonstration de phonétique sur la prononciation correcte du mot fuck, délivrée par Hervé qui a eu la chance d’aller aux States, prestige assuré auprès de ses potes. On découvre ainsi tous ces jeunes, assez emblématiques de leur génération et des différents courants musicaux de la période qui formeront la toile sonore du récit. Le Punk avec Hervé et Vivi, la New Wave avec Chris, clone très réussi de Robert Smith des Cure, le Hard et le Métal avec Red (qui trouve toujours des paroles de Metallica, Maiden, etc. appropriés aux évènements).
Mais cette bande de désœuvrés comporte aussi des membres, soit sans identité musicale affirmée, tels les deux jumeaux Renés, sortes de skinheads sympathiques toujours en train de se chiffouiller, soit qui se laissent bercer par les tubes mainstream de l’époque, comme Cindy Lauper ou Prince (on a vu pire). Ce qui donnera d’ailleurs le prétexte à une querelle d’esthètes opposant fans de Rock et fans de tubes, lors de l’incontournable boum qui dégénérera rapidement.
Soif de liberté, d’amour, d’aventures, de musique… « On était des anges » convoque tous les thèmes du malaise adolescent. Ce n’est donc pas l’originalité de l’intrigue qui importe ici mais cette capacité à donner vie à une galerie de portraits, attachants, sincères et authentiques.
De ce point de vue, les auteurs ont amplement réussi leur coup. On devine qu’il y a beaucoup de vécu derrière tout ça car on a tous traversé avec plus ou moins de bonheur cette période compliquée et charnière de notre existence. Le mérite en revient d’une part à un scénario dense mais très fluide avec des dialogues et une psychologie des personnages qui sonnent juste et d’autre part à un graphisme expressif (mention spéciale pour les regards) et très efficace, agrémenté d’une mise en couleurs parfaitement raccord avec un beau travail sur les trames de noir.
Le tome 2 est annoncé pour août 2026 et on a hâte de découvrir ce que seront devenus les héros trente ans plus tard ainsi que la vision que les auteurs auront de la musique Rock aujourd’hui.
