Woodstock 69

Dessins : José-Luis MUNUERA – Textes : Kid TOUSSAINT


Les connaisseurs le savent : Les festivals de musique, c’est chiant. D’abord, vu que c’est en plein air, tu es à la merci des caprices de la météo. Et comme la plupart des festivals ont lieu en été, c’est soit le cagnard, soit la grosse drache et souvent un mix des deux sur plusieurs jours. Insolation ou pneumonie, choisis ton forfait, avec option bain de boue les bonnes années. Le son est au mieux passable et le plus souvent pourri et dans tous les cas hyper fort, pour que chaque scène couvre bien le niveau de décibels des autres. Côté finances, le prix du billet te coûte un rein. La bouffe est chère, la boisson est chère (et si t’aimes pas la bière, eh ben tant pis) et pour évacuer tout ça, les chiottes sont immondes avec une file d’attente qui te fait regretter n’importe quel guichet de l’administration de ton choix.

C’est blindé de monde, donc tu te tapes un bouchon digne d’un chassé-croisé estival (mais dans un seul sens) puis tu galères à trouver une place de parking à l’autre bout du bled, et tu dois encore marcher plusieurs bornes jusqu’au site du festoche. Et n’oublions pas l’hébergement ou plutôt si, oublions le, car on ne peut vraiment qualifier ainsi le bout de champ merdique où tu iras t’installer au milieu d’un océan de tentes de camping dont les propriétés d’isolation phonique légendaires te garantiront chaque nuit une absence totale de sommeil. Pas de soucis, tu auras toute une semaine de boulot derrière pour bien récupérer. Voilà. A part ça, l’ambiance est plutôt cool et surtout il y a plein de groupes !

Le point de départ de ces joyeux bordels musicaux qui se déroulent chaque année un peu partout dans le monde porte un nom emblématique : Woodstock aux États-Unis (qui s’est en fait déroulé à Bethel à environ 100 km) a confronté le public à toutes les galères sus-mentionnées. Il a constitué, du 15 au 18 août 1969, le paradigme des festivals Rock.

Il en détient le record d’affluence : 500 000 personnes. Un documentaire et un album Live ont immortalisé l’évènement. De nombreux bouquins ont été écrits dont quelques BD. « Woodstock 69 » est la dernière en date. Kid Toussaint a pris le parti scénaristique, plutôt que de pondre un énième biopic, d’utiliser ce monument de l’histoire du Rock comme toile de fond à une intrigue purement fictive, illustrant les trois piliers du mythe Woodstock : Paix, Amour et Musique. Un petit cahier documentaire à la fin de l’album fournit les choses essentielles à connaître sur ces 4 jours exceptionnels qui ont réuni quasiment toute la crème du Rock de l’époque. On n’a jamais revu une telle densité de talents depuis, hormis le Live Aid en 1985.

Ulysse est un soldat rescapé du Vietnam où il a reçu une lettre de Leslie, qui lui annonce vouloir le quitter pour aller se marier avec un autre homme à Woodstock. Leslie, est en route pour le festival, accompagnée de Gaby, enceinte de 8 mois qui compte bien trouver sur place un père pour son futur rejeton. Ulysse va tout faire pour retrouver Leslie, parmi les centaines de milliers de festivaliers et empêcher ce mariage qui, après le traumatisme du Vietnam, bouleverserait sa vie une seconde fois. Son odyssée (forcément) va lui faire découvrir le foutoir absolu du festival mais aussi son ambiance unique. Il va croiser quelques personnages haut en couleurs et notamment Franco, un coiffeur italien persuadé que toute cette affluence chevelue va lui offrir une clientèle abondante.

L’intrigue principale est ponctuée par l’évocation de quelques grands moments du festival, les concerts en premier lieu, les galères de l’(in)organisation du festival, dont la logistique était prévue pour 10 fois moins de personnes, les problèmes techniques, aggravés par quelques pluies torrentielles, le manque d’argent pour payer les groupes… Au milieu de ce maelstrom, Mickael Lang, l’instigateur du festival, absorbe avec zénitude tous les problèmes. Sa présence rayonnante est le fil rouge de l’histoire, et il incarne tout l’esprit de Woodstock même s’il est probable qu’il n’a pas dû être aussi serein qu’il apparaît ici.

Le dénouement offre une issue inattendue et assez ironique qui pourra peut-être déstabiliser certains lecteurs mais qui reste dans l’ambiance générale du récit, parfaitement servie par le dessin superbe de Munuera, virtuose sans être démonstratif, qui apporte à ses personnages cette petite touche qui nous les rend aussitôt familiers.

L’idéal de Woodstock peut sembler aujourd’hui un peu naïf et dépassé mais on ne peut lui dénier sa sincérité et le fait qu’il reste à ce jour le plus grand festival de l’histoire du Rock, auquel « Woodstock 69 » rend un bel hommage.

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